Dans le grand théâtre d’ombres du Kivu, où les ambitions géopolitiques se parent du masque de la rébellion, une nouvelle marionnette s’apprête à entrer en scène. Le général Baudouin Ngaruye, présenté par les agences de communication bien huilées du RDF/M23 comme le successeur naturel du très nocif et depuis indisponible Sultani Makenga.
Ce nouveau pantin incarne avec une fidélité presque caricaturale la relève docile dont Kigali a besoin. Car si Sultani Makenga avait encore la peau tannée par vingt ans de maquis et une once de cette aura romantique du chef de guerre, Baudouin Ngaruye, lui, a déjà tout du fonctionnaire zélé d’une multinationale de la prédation. On cherche encore sur son visage de marbre la trace d’une conviction personnelle qui ne porterait pas le cachet de l’état-major rwandais.
Son seul fait d’armes véritablement établi ? Avoir suivi les consignes sans poser de questions, une qualité rare qui, dans cette partie d’échecs mortelle, vaut tous les brevets militaires. Il faut désormais suivre à la lettre les faits et gestes de ce nouveu représentant de Kagame en RDC. Le plus risible dans cette passation de pouvoir officieuse, c’est cette volonté manifeste de la RDF (Rwanda Defence Force) de vouloir “officier” la relève en lui donnant des airs de légitimité populaire.
Comme si le peuple congolais, qui a vu défiler plus de mouvements rebelles que de présidents, pouvait être dupe de ce remplacement de gérant. Baudouin Ngaruye n’est pas le fils spirituel de Sultani Makenga ; il est le produit d’un vivier bien tenu à Kigali, formaté pour ne pas broncher quand il faudra ouvrir le robinet des minerais en échange de la protection diplomatique occidentale. C’est cette entreprise macabre qu’il faut démanteler.
Là où Sultani Makenga incarnait une certaine rébellion, aussi condamnable soit-elle, Baudouin Ngaruye ne représente qu’une transition administrative : on passe du stade de “seigneur de guerre” à celui de “chef de projet sécuritaire” pour compte-rendre d’exploitation. L’homme est si transparent qu’on devine déjà, derrière son uniforme trop neuf, le costume-cravate du consultant en sécurité qui viendra, après la guerre, légaliser la spoliation.
Alors, saluons bien bas l’arrivée de ce nouveau “leader”, symbole parfait d’une rébellion devenue aussi robotique que ses combattants. Avec Baudouin Ngaruye, le RDF/M23 atteint enfin son stade ultime d’évolution : celui du mouvement purement administratif, débarrassé des derniers scrupules nationalistes qui auraient pu subsister chez les vétérans. Triste épilogue pour une rébellion qui n’a jamais été que la vitrine armée d’une invasion.
Sous ses ordres, attendez-vous à des communiqués encore plus policés, des offensives encore mieux synchronisées avec l’agenda de Paul Kagame, et une communication de crise digne d’une entreprise du CAC 40. Le successeur de Sultani Makenga ne viendra pas libérer le Congo ; il viendra s’assurer que les dividendes de la guerre continuent de tomber dans la bonne escarcelle, avec la froide efficacité d’un comptable passant ses écritures.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













