Le premier rapport du Collectif des journalistes et organisations professionnelles des médias pour le suivi des accords de paix (COMOSA) vient de fracasser le silence confortable dans lequel se complaisent décideurs et partenaires techniques. Avec un taux d’exécution de 31 %, l’évaluation est sans complaisance : sur les quatre piliers qui soutiennent théoriquement la paix, deux vacillent dangereusement.
Le volet sécuritaire plafonne à 20 %, quand l’économique, cet os à moelle de la prédation, s’effondre à 15 %. Seul le cadre institutionnel, cette vitrine où l’on aime à se faire photographier, atteint les 70 %. Comme si l’on bâtissait des salles de réunion climatisées pendant que les villages brûlent et que l’or continue de filer vers l’étranger. La RTNC, sentant le vent tourner, a ouvert son plateau à Nicaise Kibelbel Oka, Jonas Eugène Kota et Willy Kalengayi, face aux pointures Oscar Mbal Kayij et Elysée Odia.
Résultat : une leçon de méthodologie qui a dû en refroidir plus d’un dans les couloirs du pouvoir. Derrière le chiffre brut, c’est toute l’architecture de l’hypocrisie congolaise qui se dévoile. Le COMOSA, né en juillet 2025 de l’urgence sécuritaire provoquée par la résurgence du M23, a osé appliquer aux accords de paix ce qu’on réserve d’ordinaire aux projets de développement : une “observation-constat” rigoureuse, digne des standards internationaux.
Et là, le bât blesse. Comment expliquer que la confiance politique, ce « problème existentiel » maintes fois évoqué, stagne à 20 % ? Parce qu’elle bute sur l’économie de prédation, cette pieuvre dont les tentacules relient les zones minières aux groupes armés, les groupes armés aux politiciens locaux, et les politiciens locaux aux comptes offshore. Le rapport ne dit pas autre chose : on ne désarme pas quand l’AK-47 est le seul sésame pour gratter la terre.
On ne fait pas la paix quand la guerre rapporte. Alors, 31 % : échec ou espoir ? Les membres du collectif ont choisi leur camp. Dans un pays où l’on enterre les accords avec les morts, où chaque nouveau texte est un énième pansement sur une hémorragie centenaire, ce chiffre sonne comme une gifle salutaire. Il dit que depuis trois décennies, on fait semblant. Que les gestes de désescalade, les retraits de troupes après incidents, les réunions de coordination, ne sont que des gouttes d’eau dans un océan de cynisme.
Mais le COMOSA vient de planter un drapeau : celui d’une société civile médiatique qui ne se contente plus de commenter l’actualité, mais qui l’évalue, la note, la juge. Ce premier rapport, diffusé jusque dans les cercles décisionnels les plus fermés, est une révolution silencieuse. Désormais, il y aura des témoins. Et des comptes. 31 %, c’est peu. Mais c’est la première fois qu’un chiffre dit la vérité au pouvoir. C’est déjà une victoire.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR












