Depuis l’invasion menée par l’AFDL en 1996, soutenue par les puissances régionales, une constante macabre s’est installée dans l’est de la RD Congo : une hémorragie continue de cadres, de leaders et de figures d’autorité “non tutsies”. Alors que le monde s’indigne à juste titre des violences, une réalité plus insidieuse et systématique se dessine.
Nous assistons à une décapitation méthodique de toute voix congolaise authentique qui ose incarner une souveraineté ou une légitimité populaire en dehors des réseaux satellisés autour du pouvoir Kigalien. L’assassinat mystérieux de Magloire Paluku à Goma au Nord-Kivu n’est que la partie émergée d’un iceberg de sang. Aujourd’hui, l’annonce de la mort de Willy Ngoma suit une trajectoire tragiquement familière : celle de Congolais éliminés dans des circonstances troubles, souvent lorsque leur influence devenait gênante pour l’ordre imposé par Kigali.
Ce qui devrait soulever une indignation légitime, au-delà de la simple émotion, c’est l’étrange “immunité” dont bénéficient certains protagonistes. Posez la question honnêtement : qui meurt vraiment dans cette guerre ? Depuis trente ans, les cercueils qui traversent le pays portent presque exclusivement des noms congolais, tandis que les architectes de cette tragédie perpétuelle se portent comme des charmes. Où sont les balles perdues pour Paul Kagame, qui orchestre depuis Kigali la prédation des minerais ?
Pourquoi James Kabarebe, cerveau militaire des guerres à répétition, se promène-t-il en toute quiétude ? Comment se fait-il qu’Azarias Ruberwa, Moïse Nyarugabo, Déogratias Bugera, Bizima Karaha ou encore des chefs de guerre comme Sultani Makenga et Byamungu, qui ont trempé dans les pires massacres, traversent les décennies sans jamais être inquiétés par les balles ou les accidents qui frappent systématiquement leurs opposants ou concurrents ? Il est temps de nommer les choses avec la gravité qu’elles méritent.
Ce n’est pas une simple série de coïncidences malheureuses, c’est un pattern politique : l’élimination systématique des “indésirables” congolais. Magloire Paluku, Willy Ngoma, et tant d’autres avant eux, sont les victimes d’une stratégie de nettoyage des élites locales pour mieux asseoir une domination économique et militaire. L’indignation ne doit pas être éphémère, mais se muer en une exigence de vérité.
Le silence complice de la communauté internationale et l’étrange mansuétude envers les “inamovibles” de ce drame sont une insulte à la mémoire de ces Congolais. Le peuple congolais a le droit de savoir pourquoi, dans cette guerre, ce sont toujours les mêmes qui meurent et les mêmes qui regardent, impunis, depuis les collines de l’étranger.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR












