Ils venaient du Rwanda, portant l’uniforme et la promesse d’une protection. Mais sur les hauts plateaux d’Itombwe, la réalité a révélé son visage le plus sombre. Les Twirwanehero — alliés de Moïse Nyarugabo, Azarias Ruberwa et Mahoro Peace sous ordre de Paul Kagame — n’ont pas défendu les Banyamulenge ; ils les ont traqués, exécutés, méthodiquement.
La liste des victimes s’allonge comme un registre funèbre : le chef Abato Sebakanura, Nakize Fidèle, Dieudonné Nyandorerwa, le major Bogar, Rugabisha, Serugaba, le chef Sebatutsi, trois agents de l’UEM dont un technicien, deux jeunes de Mwega et Umusita utilisés puis sacrifiés après avoir servi d’instruments, le major Cyungura, le major Mudagiri, un agent du Lieutenant-Général basé à Kiziba, et jusqu’au colonel Micyo, militaire pourtant venu du Rwanda, foudroyé comme par un châtiment.
Derrière chaque nom, une famille anéantie. Derrière chaque grade, une promesse de sécurité transformée en piège. Comment expliquer cette pulsion fratricide ? Ces hommes n’étaient pas des ennemis extérieurs : ils étaient les piliers de leur propre communauté — chefs coutumiers, cadres militaires, techniciens, agents de structures vitales comme l’UEM. Les éliminer, c’est décapiter toute capacité de résistance et de cohésion.
Mais il y a plus : en recrutant deux jeunes de Mwega et Umusita pour commettre les meurtres avant de les abattre à leur tour, les Twirwanehero installent un système de terreur où la manipulation devient arme et où la communauté est poussée à s’auto-détruire. Ce procédé sordide — tuer ses propres enfants après les avoir transformés en bourreaux — vise à semer une défiance irréversible entre les familles et les clans, rendant toute reconstruction impossible.
Le colonel Micyo, venu du Rwanda, aurait-il incarné une dernière garantie de contrôle avant d’être lui-même “foudroyé”? Son sort ressemble à une mise à mort rituelle, comme si l’alliance elle-même exigeait un tribut sanglant pour sceller la domination. Ce qui se joue dépasse la simple violence armée. C’est une tentative d’effacement identitaire sous couvert d’alliance. Lorsque ceux qui arborent le titre de “protecteurs” deviennent les principaux artisans de l’élimination physique des notables.
Mais aussi des cadres et des forces vives d’une communauté, ils agissent en puissance d’occupation — non en alliés. L’assassinat des employés de l’UEM, structure essentielle à la survie économique, achève de démontrer que l’objectif est l’asphyxie totale. Face à cela, les Banyamulenge ne peuvent plus compter ni sur ceux qui venaient d’ailleurs sous des airs de frères, ni sur des alliances factices : ils sont livrés à une logique d’anéantissement méthodique.
Il n’y a plus de doute : les Twirwanehero et leurs commandants locaux ne sont pas des protecteurs égarés, mais des fossoyeurs en uniforme. Et chaque nom sur cette liste est une preuve que la trahison, ici, tue deux fois — d’abord le corps, ensuite la mémoire collective. La seule protection de tout le peuple congolais ou du moins ceux qui s’en revendiquent demeurent le Gouvernement Congolais à travers ses institutions républicaines établies.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR












