Ils appellent ça une offensive. Mais quand on gratte le vernis de ce grand déploiement médiatique, on trouve surtout des pelles et des pots de peinture. Pendant que le Haut-Uélé pleure ses morts sur des routes livrées au chaos et à la vitesse, la CNPR joue les artistes et les comptables. Bienvenue dans le grand théâtre de la prévention, où l’on préfère habiller les ronds-points plutôt que de sauver des vies.
La Commission nationale de prévention routière (CNPR) du Haut-Uélé a visiblement décidé que le salut des usagers passerait par un pot de peinture et un pinceau. Face à une hécatombe routière qui transforme les axes des six territoires en charniers à ciel ouvert, l’institution précité déploie ce qu’elle ose appeler une offensive de prévention. Mais de quel offensive parle-t-on lorsque les morts se comptent déjà par milliers ?
À Durba comme à Isiro, l’arsenal déployé se résume à du marquage au sol et à un fichage des conducteurs qui fleure bon le gadget administratif. Pendant que les motos-taxis sillonnent les zones minières sans casque et que les camions roulent à tombeau ouvert, on nous vend du ruban adhésif sur la route comme un vulgaire pansement sur une hémorragie. Il y a une sorte de manque de sérieux consacré dans le Haut-Uélé.
Pendant ce temps, le gouverneur Jean Bakomito Gambu “Mwana Nzambe” donne ses instructions depuis Dungu, et la CNPR obtempère avec la fierté du fonctionnaire zélé qui vient de découvrir l’existence du code de la route. On nous promet un accompagnement, mais où sont les barrières dissuasives ? Où sont les patrouilles capables de faire descendre de leur engin ces chauffards qui transforment les pistes du Haut-Uélé en roulette russe ?
Mais soyons sérieux : dans une province livrée à l’anarchie des engins roulants, où le développement économique et la réhabilitation des routes poussent les conducteurs à confondre vitesse et précipitation, l’identification des chauffeurs est une farce si elle n’est pas immédiatement suivie de contrôles techniques drastiques et de sanctions implacables. Alors oui, Monsieur Mugera Janvier Mayanga, nous vous entendons marteler que vous ne croiserez pas les bras.
Mais le problème du Haut-Uélé n’est pas que la CNPR ait les bras croisés ; le problème est qu’elle brandit des pinceaux là où il faudrait sortir la matraque. Le balisage routier, c’est très joli, mais il n’arrêtera jamais un conducteur ivre ou un véhicule sans freins. Pendant que vous peignez des zébrures, les familles de Watsa et de Faradje, de Wamba et Rungu, Dungu et Niangara mais surtout d’Isiro continuent d’enterrer leurs morts.
Si cette offensive se limite à un coup de peinture sur les infrastructures modernisées, alors la CNPR n’est pas un rempart contre l’insécurité routière : elle n’en est que le peintre en bâtiment. Et pendant ce temps-là, le sang continue de couler sur le bitume.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR












