Nous dénonçons souvent, à juste titre, la “pensée unique” de ceux qui voudraient figer la société dans des certitudes immuables. Mais il existe un autre conformisme, tout aussi dangereux, qui consiste à imposer l’idée qu’il faut changer à tout prix, vite et sans se retourner. Aujourd’hui, un nouveau type de silence s’installe.
Celui de ceux qui, détenant les leviers du pouvoir ou de l’influence, estiment que le débat public est une perte de temps, que les arguments sont trop complexes pour les citoyens, ou que l’urgence justifie de passer en force. On agite alors la nécessité historique, on brandit la modernité comme un étendard, et l’on réduit au rang de “conservateurs” ou “d’obsolètes” tous ceux qui osent demander : “Mais au juste, pourquoi changer ? Pour aller où ?”
Car c’est là que le bât blesse. Si le débat sur le fond est verrouillé, c’est souvent parce que les véritables motivations de cette fièvre réformatrice ne résistent pas à la lumière. En refusant la confrontation démocratique, en préparant le terrain dans le secret des cabinets ou par des campagnes médiatiques orientées, les promoteurs d’un changement constitutionnel trahissent leur propre cause. Une réforme qui ne prend pas la peine de convaincre.
Une réforme qui méprise les questions gênantes et qui diabolise l’hésitation citoyenne, n’est pas une réforme : c’est un coup d’État intellectuel. Elle ne cherche pas à améliorer le contrat social, elle cherche à le réécrire en l’absence d’une des parties signataires : le peuple lui-même. Alors, fustigeons cette imposture. Le véritable danger pour la démocratie n’est pas de vouloir changer la Constitution, c’est de vouloir le faire sans en expliquer le bien-fondé.
Sans accepter la contradiction et sans laisser le temps à l’intelligence collective de s’approprier le sujet. Si le projet est si bon, si bénéfique pour la nation, pourquoi craindre la lumière du débat ? Pourquoi cette hâte à verrouiller les discussions avant même de les avoir ouvertes ? La pensée unique n’a pas de couleur politique unique : elle est cette tentation permanente d’éteindre la discussion au nom d’une vérité supérieure.
Aujourd’hui, cette vérité serait la révision de certains dispositifs constitutionnels ou carrément le changement de cette dernière. Mais un changement imposé dans le silence des consciences forcées n’engendre pas le progrès ; il engendre la rancœur. Ne laissons pas l’urgence factice d’une réforme non expliquée tuer la seule chose qui donne sa légitimité à nos institutions : le débat.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













