Alors que l’Est de la RD Congo saigne encore des occupations de Goma et Bukavu par le Rwanda, une partie de la classe politique congolaise, jusque-là étrangement silencieuse, a soudainement retrouvé la voix. Dans un pays dont l’intégrité territoriale est violée, où les larmes des victimes ne sont pas encore sèches, ces “défenseurs de la patrie” de la onzième heure convoquent avec une arrogance déconcertante le débat sur la révision constitutionnelle.
C’est un choix politique d’une gravité absolue, un aveu de faiblesse et une fuite en avant dans un contexte où le peuple, lui, aspire à la sécurité et à une lueur de paix après trois décennies de tourments. Convoquer un sujet aussi explosif dans un climat de guerre, c’est sciemment offrir une distraction à l’occupant et refuser de voir que la priorité des priorités est la restauration de la souveraineté sur chaque centimètre carré de notre sol.
C’est agiter un chiffon rouge pour masquer l’incapacité à capitaliser sur les avancées diplomatiques durement acquises. Car pendant que ces “élites” brandissent la carte de la refondation institutionnelle, le pouvoir exécutif, par le biais de sa diplomatie, venait de réaliser une percée historique : l’Accord du 4 décembre 2025. Ces politiques professionnels n’ont pas encore réalisé la pleine dimension du travail intellectuel, politique et organisationnel qu’exige cet Accord.
Ce texte, loin d’être une simple formalité, représente la clé de voûte d’une sortie de crise durable, celle qui doit enfin offrir à notre jeunesse les opportunités d’une vie meilleure et enclencher la transformation structurelle de notre pays. C’est le fruit d’un travail de fourmi, d’une pression internationale, d’un espoir tangible. C’est historique par l’ampleur de ce que la nation congolaise doit consentir pour ne pas rater le coche et bénéficier pleinement des contreparties mentionnées.
Au lieu de préparer la nation à embrasser pleinement les retombées de cette victoire diplomatique, au lieu d’éduquer et de mobiliser les Congolais sur les dividendes économiques et sécuritaires de cet accord, une caste politico-constitutionnaliste s’évertue à détourner l’attention. Elle préfère disserter sur la forme plutôt que sur le fond, sur le texte plutôt que sur le territoire, démontrant ainsi qu’elle n’a que faire de la paix si celle-ci ne sert pas d’abord ses propres intérêts.
Nous touchons ici le cœur du drame congolais : l’existence d’une élite parasite, une caste de profiteurs sans honneur qui n’a strictement rien retenu des leçons de notre histoire récente. Muets, voire complices par leur silence pendant que l’ennemi occupait nos grandes villes, ils se découvrent soudainement une conscience patriotique sur des questions de procédure. Ce n’est pas de la naïveté, c’est de la mauvaise foi intellectuelle dans sa forme la plus pure, la plus chirurgicale.
Ils veulent changer la constitution pour se maintenir, pour fragmenter, pour mieux régner sur des ruines, alors que l’heure est à l’union derrière l’Accord du 4 décembre 2025. Ils sont la pire des élites de cet univers connu, non pas parce qu’ils débattent, mais parce qu’ils débattent de tout, sauf de l’essentiel, de ce qui prioritaire, confondant sciemment l’utile à l’agréable, sacrifiant l’avenir de la jeunesse et l’intégrité de la nation sur l’autel de leurs ambitions personnelles.
Le peuple congolais, celui qui souffre et qui espère, doit voir clair dans ce jeu de dupes et exiger que l’énergie nationale soit consacrée à la paix, à l’exploitation des avantages de l’accord de décembre 2025 qui ouvre des opportunités réelles de transformation de la vie de notre pays et au développement, plutôt qu’à des combats d’arrière-garde qui ne mènent qu’à la division et à la stagnation.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













