Ils étaient sept. Moins d’une dizaine de bras cassés, dont quelques Rwandais de passage, des membres de Red-Tabara venus faire du nombre et “certains membres de Mahoro Peace, les financiers de Twinhereho sous influence de Moïse Nyarugabo et Azarias Ruberwa” – parce que, comme chacun sait, il existe désormais un label pour le RDF/M23.
Au milieu de cette marée humaine qui tiendrait dans une petite cabine de téléphone, un homme se détache, micro en main, jouant les porte-voix du peuple opprimé. Problème : ce peuple opprimé, c’est surtout lui-même. Akim Muhoza, puisque c’est de lui qu’il s’agit, n’est pas un simple citoyen en colère. C’est le grand-frère de Richie Makombe. Il est lui-même un membre avéré du RDF/M23 – information capitale qui méritait à elle seule le déplacement.
Mais surtout, il a été fraîchement formé à Rumangabo. Il est revenu au Canada sans le moindre poste à se mettre sous la dent. Car voilà le vrai drame, la véritable blessure identitaire qui justifie cette marche historique : au sein du RDF/M23, les positions stratégiques seraient trustées par des cadres du Nord-Kivu ou des profils jugés trop proches du Rwanda. Bref, par tout le monde sauf le grand-frère de Richie Makombe.
Alors, que fait un homme quand on ne reconnaît pas son talent à sa juste valeur ? Il change de casaque. Akim Muhoza, qui fréquentait hier encore les groupes Maï-Maï, a trouvé une nouvelle vocation : manifester contre le ministre de la Communication et médias, Porte-parole du Gouvernement de la RDC Patrick Muyaya Katembwe devant l’Université Saint-Paul au Canada, avec une poignée de figurants, pour exister médiatiquement.
Un parcours sans faute pour ce caméléon géopolitique qui collectionne les allégeances comme d’autres accumulent les frustrations. Quelle est la leçon de cette mise en scène minable ? Au pays des Grands Lacs, la manipulation et la désinformation ont parfois des visages pathétiques : ceux d’hommes sans poste qui tentent de faire croire qu’ils sont le peuple, quand ils ne sont même pas d’accord entre eux sur la répartition des parts du gâteau terroriste.
Sept personnes, dont la moitié ne savait probablement pas pourquoi elle était là, pour nous vendre un “soulèvement populaire” contre un ministre. Et pourtant, dans l’amphithéâtre, le débat était ouvert. Patrick Muyaya affrontait les chercheurs, les scientifiques et étudiants car à l’université, c’est l’esprit qui siège et les faits qui gouvernent, jamais la force des muscles. Akim Muhoza voulait un poste, il aura une ligne dans nos articles.
Mais la prochaine fois qu’il cherchera une manifestation crédible, il faudra peut-être inviter plus que ses beaux-frères et quelques rwandais connus au Canada pour des infiltrés qui se font passer pour des Banyamulenge. Le “Poison Rwandais”, ce mensonge industriel, aussi sophistiqué soit-il, porte en lui son propre venin : il s’effondre toujours devant la vérité nue, et quand cette vérité emprunte la voix de Patrick Muyaya, le poison rencontre enfin son antidote.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













