La guerre n’est pas une fatalité mystique ni une punition divine ; c’est un outil. Comme le marteau pour le charpentier ou le scalpel pour le chirurgien, le conflit armé est un instrument brutal, coûteux, mais parfois jugé nécessaire par les hommes d’État. Trop souvent, on sacralise le conflit, on l’entoure de gloire ou de fatalisme, oubliant sa nature première : celle d’un moyen de parvenir à des fins politiques, économiques ou territoriales.
Enlever cette dimension utilitaire à la guerre, c’est la réduire à une boucherie absurde. Pour qu’elle conserve une once de rationalité, elle doit impérativement rester asservie à un objectif clair, mesurable et atteignable. Si la guerre est un moyen, alors l’objectif est sa boussole. Sans but politique défini, le conflit dérive vers la violence pour la violence. Clausewitz disait : “la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens”.
Cela signifie que dès que la politique s’efface, que l’objectif devient flou ou irréaliste (comme la “reddition inconditionnelle” sans vision de reconstruction, ou la conquête sans projet d’intégration), les armes ne servent plus qu’à nourrir un cycle sans fin de représailles. Un objectif pertinent est celui qui justifie le sacrifice, mais surtout, celui qui sait définir à quel moment le prix à payer dépasse la valeur de la victoire escomptée.
Notre époque est tragiquement marquée par des guerres devenues des marécages justement parce qu’elles ont perdu de vue leur objectif initial. On entre en guerre pour “renverser un dictateur” ou “lutter contre le terrorisme”, mais on oublie de définir ce qui viendra après. Le moyen (l’intervention militaire) devient alors une fin en soi, piégeant les nations dans des conflits interminables où la seule constante est le carnage.
Une guerre pertinente n’est pas celle que l’on gagne militairement, mais celle dont l’issue politique est si claire qu’elle rend la paix plus stable et plus juste que la situation précédente. Se souvenir que la guerre n’est qu’un chemin, et non une destination, est le seul rempart contre la barbarie pure.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













