L’Est de la RD Congo saigne depuis depuis plus de trois décennies. Derrière chaque insurrection, un constat s’impose : les mêmes hommes, les mêmes méthodes, et souvent, la même origine. Un document récent met en lumière le parcours d’anciens cadres de l’armée rwandaise (APR) devenus piliers des rébellions congolaises.
En tête de liste, Bosco Ntaganda, dit “Terminator”, né à Kinigi dans la préfecture de Ruhengeri au Rwanda, ancien instructeur en chef au centre de formation de Gabiro. Devenu chef-fondateur du M23 après être passé par le RCD, l’UPC en Ituri et le CNDP, il s’est présenté comme sujet rwandais devant la CPI. À ses côtés, Makenga Sultani, de son vrai nom Nziramakenga Emmanuel, ancien sergent de l’APR, aujourd’hui chef de la rébellion RDF/M23.
Le document révèle aussi Innocent Kavina, alias “India Queen”, né à Mutara au Rwanda, jeune frère d’un major de l’APR, actif successivement à l’UPC, au CNDP et au M23. Leur nationalité rwandaise, leurs liens avec l’APR et leur rôle dans les cycles de violence sont désormais documentés, preuve que ces guerres ne sont ni spontanées, ni purement congolaises. Ces hommes ne sont pas des repentis, mais des récidivistes.
La liste est glaçante : l’ex-colonel Baudouin Ngaruye Mpumuro, instructeur au centre de Gabiro, actif au RCD, au CNDP puis au M23 avant de retourner au Rwanda en mars 2013. L’ex-colonel Antoine Manzi, ex-RCD et ex-CNDP, toujours très actif au M23. Albert Kahasha Murhula, alias “Foca Mike”, formé par le Rwanda comme pisteur pour l’APR dans le territoire de Walungu, passé par le groupe Mudundu 40, l’UPC, le M23, et aujourd’hui actif dans la rébellion Raïa Mutomboki au Sud-Kivu.
L’ex-colonel Bernard Byamungu Maheshe, lui, a été jugé et condamné à perpétuité le 30 mai 2012 par la Cour militaire du Sud-Kivu. Il a été emprisonné à la prison militaire de Ndolo à Kinshasa puis relâché par Félix Tshisekedi pour se retrouver comme par hasard dans le RDF/M23 à Goma. Quant à Innocent Zimurinda, autre instructeur de Gabiro, il a rejoint l’UPC, le CNDP puis le M23, avant de retourner au Rwanda en mars 2013.
Autant de trajectoires qui épousent les intérêts stratégiques du voisin rwandais : ces hommes ne sont pas de simples combattants, ils incarnent une ingérence continue, déguisée en rébellion locale, alimentant un conflit qui a fait des millions de morts. Aujourd’hui, la RDC ne peut plus se contenter de dénoncer. Les noms, les visages, les parcours de ces hommes sont connus, précisément documentés : grades, lieux de naissance, affectations, allers-retours entre le Rwanda et les maquis congolais.
Ngaruye, Bosco Ntaganda, Zimurinda : tous sont retournés vivre librement au Rwanda. D’autres, comme Makenga ou Manzi, restent actifs au sein du M23, continuant de semer la terreur dans l’Est. Le temps est venu pour la communauté internationale de regarder les faits en face : il ne s’agit pas de simples groupes armés, mais d’un système régional de déstabilisation. Derrière chaque offensive du M23, il y a une logistique, une formation, une hiérarchie.
Et derrière cette machine de guerre, il y a des hommes, dont la plupart ont un point commun : ils viennent d’ailleurs, mais tuent ici. Face à ces preuves accablantes, l’heure n’est plus aux constats impuissants mais aux actes décisifs. La RD Congo doit désormais porter cette vérité avec force devant les instances internationales. Il ne s’agit pas d’une simple rébellion endogène, mais d’une entreprise de déstabilisation méthodique, orchestrée depuis l’étranger, avec des hommes formés, équipés et protégés au-delà de ses frontières.
Le Conseil de sécurité de l’ONU, l’Union africaine et tous les partenaires de la région ne peuvent plus détourner le regard : ces commandants rwandais du M23, dont les parcours criminels sont aujourd’hui noir sur blanc, doivent répondre de leurs actes devant la justice. Tant que Kigali continuera d’offrir un sanctuaire à ces fauteurs de guerre et que la communauté internationale tolérera cette ingérence, l’Est de la RDC restera prisonnier d’un cycle infernal de violence. La paix dans la région des Grands Lacs passe par une vérité que plus personne ne peut ignorer.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













