Ce n’était pas un simple exposé académique. C’était un réquisitoire. C’était un cours de géopolitique grandeur nature. Invité à Saint-Paul Université, le Ministre de la Communication et des Médias, Porte-Parole du Gouvernement Patrick Muyaya Katembwe, a posé un diagnostic sans précédent sur la situation sécuritaire de la RD Congo.
Avec une clarté chirurgicale, il a démonté, pièce par pièce, la mécanique de la guerre hybride que nous subissons, et a redonné à la RDC sa place : celle d’un moteur du monde, injustement agressé. Devant un auditoire captif, le Ministre Muyaya a planté le décor avec une rigueur d’historien : “Le génocide de 1994 a été rwando-rwandais. Un conflit de triste mémoire qui nous a fait payer le prix le plus fort.”
D’entrée de jeu, il a recadré le narratif, rappelant que la RDC, pays hôte et victime, paie encore aujourd’hui le tribut d’une tragédie qui ne lui appartient pas. Car ce qui se joue aujourd’hui dans l’Est, a-t-il expliqué, n’est rien d’autre qu’une guerre par procuration (proxy), savamment orchestrée. “L’Est de la RDC est mis à feu et à sang par une stratégie de proxy, accompagnée d’un narratif. Nous sommes en face d’une guerre hybride.”
Et dans cette guerre nouvelle, les balles ne suffisent pas : il faut aussi tuer la vérité. Patrick Muyaya a mis en lumière l’arme la plus perfide du régime de Kigali : la désinformation. “La désinformation est une arme utilisée dans la guerre du Rwanda contre la RDC. Le Rwanda est assis sur le mensonge. C’est un empire du mensonge, une industrie de manipulation et de falsification. C’est le fameux poison rwandais.”
Des propos d’une puissance rare, qui font écho aux aveux mêmes de Paul Kagame, surpris à assumer ses mensonges. Le Ministre a balayé les alibis usés jusqu’à la corde : le prétexte FDLR. “Les FDLR sont peut-être des criminels, mais des criminels rwandais qui ont vocation à rentrer chez eux. Ils ne représentent pas une menace pour le Rwanda, si ce n’est un prétexte mensonger et décousu.”
La force de cette intervention a été de lier indissociablement le militaire à l’économique. Le Ministre a rappelé une vérité qui dérange : la prospérité du Rwanda, ce pays despotique, repose sur le pillage des ressources congolaises. “40% du budget du Rwanda sont issus du commerce de l’or congolais.” Comment ne pas mesurer l’ampleur du drame quand on sait que Rubaya, à lui seul, concentre 15 à 20% du coltan mondial ?
Comment ne pas voir la main de la prédation derrière les masques de la rébellion ? “Le RDF/M23 ne représente pas les Banyamulenge, et les Tutsi sont les premières victimes des agissements de Paul Kagame.” Une formule magistrale qui brise la dernière digue du narratif ethnique imposé par Kigali. Avec une éloquence souveraine, Patrick Muyaya Katembwe a rappelé qui nous sommes, nous peuple Congolais.
Nous ne sommes pas un champ de ruines, nous sommes une promesse pour l’humanité. “Nous sommes au cœur de toutes les révolutions du monde.” De l’uranium du Projet Manhattan qui a changé le cours de la physique à la révolution économique des pneus sous Léopold II, le Congo a toujours été le poumon du progrès mondial. Aujourd’hui, nous sommes le moteur du continent et du monde. Face à cette grandeur, la doctrine diplomatique de la RDC est une doctrine de paix.
Mais la paix a un prix, et des lignes rouges sont tracées. “Pas de brassage, ni mixage”, a martelé le Ministre. L’accord de Washington n’est pas un blanc-seing pour l’ingérence. Il balise les voies de la grandeur du Congo. Car, a-t-il lancé comme un avertissement solennel : “Un chef d’État étranger ne peut pas venir intervenir sur des problèmes internes aux Congolais.”
Enfin, le Ministre a posé la stratégie d’un pays en guerre qui a choisi de riposter avec les armes de la vérité. Il y a cinq fronts : militaire, diplomatique, judiciaire, médiatique et scientifique. L’action contre Apple pour la traçabilité du coltan en est l’illustration parfaite : la RDC ne mendie pas, elle attaque là où le bât blesse, dans les conseils d’administration et les cours de justice internationales. Patrick Muyaya a transformé une simple prise de parole en un acte de résistance.
Il a rappelé que “les mots sont des armes” et que la RDC a décidé de les manier avec la précision d’un scalpel pour exciser le poison rwandais. À Saint-Paul Université, ce ne sont pas des discours que nous avons entendus, mais les fondations vibrantes d’un Congo qui se lève, déboulonne les statues du mensonge et reprend sa place : debout, et moteur du monde.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













