Il est des tyrans qui ont la décence de faire oublier leur répression par l’obscurité de leur régime. Paul Kagame, le plus grand criminel en activité lui, paradent sur la scène internationale avec ses costumes bien taillés et ses lunettes rondes d’intellectuel, recueillant les lauriers d’Occidentaux honteux de leur inaction lors du génocide de 1994.
Tony Blair le qualifie de dirigeant visionnaire, Bill Clinton d’homme brillant, tandis que l’Union européenne lui délie les cordons de la bourse pour financer son “miracle rwandais”. Mais derrière la vitrine de la “Suisse de l’Afrique” se cache un régime dont les scores électoraux (99,18 % des voix en 2024) feraient pâlir de jalousie Brejnev et Ceaușescu réunis. Les opposants ? Emprisonnés, exilés ou retrouvés morts. Les journalistes ? Réduits au silence.
Le système cellulaire de surveillance mis en place par le régime transforme chaque village en œil du pouvoir, chaque voisin en informateur potentiel. L’homme qui prétend avoir sauvé son peuple du génocide a simplement perfectionné l’art de gouverner par la peur, troquant le machette pour le costume-cravate, mais conservant la même soif de contrôle absolu. Faut-il souligner que le génocide est intervenu après l’assassinat du Président Juvénal Habyarimana ?
Le véritable moteur de cette mécanique dictatoriale ne se trouve pas dans les collines rwandaises, mais dans les sous-sols du Kivu voisin. Pendant près de trente ans, Paul Kagame a fait du pillage systématique des ressources congolaises la pierre angulaire de son “miracle économique”. Coltan, tantale, tungstène, or : les minerais qui alimentent nos smartphones et nos ordinateurs traversent la frontière dans un ballet parfaitement orchestré par Kagame.
Et c’est à Kigali, où ils sont ensuite estampillés “d’origine rwandaise” avant d’être exportés vers l’Europe et les États-Unis. L’écart entre la production domestique dérisoire du Rwanda et ses exportations mirobolantes – 654 millions de dollars d’or en 2022 – crève pourtant les yeux. Mais que pèse la vérité face aux intérêts ? Le RDF/M23, cette milice fantoche que Paul Kagame actionne lorsque les besoins d’expansion se font sentir, n’est que le bras armé d’une entreprise de prédation méthodique.
Des milliers de soldats rwandais piétinent la souveraineté congolaise, massacrant les populations locales, violant, pillant, tandis que la communauté internationale détourne pudiquement le regard. Car voilà le scandale dans le scandale : l’Occident est complice. L’Union européenne a débloqué près d’un milliard d’euros pour soutenir l’extraction minière au Rwanda en parfaite connaissance de cause, offrant une caution morale et financière à ce racket transfrontalier.
Les troupes de Paul Kagame, présentées comme des “stabilisateurs” professionnels, sont déployées du Mozambique à la Centrafrique, non pas pour apporter la paix, mais pour sécuriser des concessions minières et des contrats juteux pour les oligarques du régime . Le Royaume-Uni, dans un élan de cynisme absolu, a signé un accord pour déporter ses migrants vers ce havre de “démocratie”, offrant ainsi à Kagame une respectabilité internationale contre espèces sonnantes et trébuchantes.
Le génocide de 1994, cette tragédie indicible, est devenu le bouclier moral derrière lequel le despote s’abrite pour justifier tous les excès. En instrumentalisant la mémoire des 800 000 victimes rwandaises, Kagame a construit une forteresse narrative impénétrable où la moindre critique devient une “négationniste”, où toute enquête sur les crimes du Front patriotique rwandais est enterrée au nom de la réconciliation.
Mais les masques tombent : le prédateur du Kivu n’a rien à envier aux pires tyrans de l’histoire. Simplement, il a compris que pour régner en monstre au 21ème siècle, il faut d’abord se faire passer pour un sauveur.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













