Il était une fois, sur l’avenue Tanganyika, à Bukavu, un dépôt d’armes. Il ne contenait pas de quoi renverser un gouvernement, mais juste assez de fusils pour permettre à des femmes et des hommes et de protéger l’un des trésors les plus précieux de l’humanité : le parc national de Kahuzi-Biega. Ce jeudi 26 février 2026, ce dépôt a été vidé.
Vidé, méthodiquement, par le RDF/M23. Et aujourd’hui, une question obsédante flotte sur les rives du lac Kivu, portée par un vent d’impunité : qui va demander des comptes ? Pendant que les éco-gardes, désarmés, regardent leurs collines depuis la ville, le braconnier industriel peut préparer ses camions. Pendant que les gorilles de Grauer vaquent à leurs occupations dans la forêt, sans le savoir, leur bouclier vient de tomber.
Mais la nuisance ne s’arrête pas à la porte du parc. À quelques kilomètres, au sanctuaire de Lwiro, où l’on panse les plaies des singes orphelins, le RDF/M23 a posé ses sacs de sable et installé une position militaire. Un centre de réhabilitation transformé en cantonnement. Une injure faite à la science, une gifle à la biodiversité. Nous sommes en droit de nous demander : quel était le but réel de cette opération chirurgicale sur des cibles civiles et environnementales ?
Alors que la communauté internationale scrute les rapports de l’UNESCO et que les ONG rédigent des notes de protestation qui finiront dans des tiroirs poussiéreux, sur le terrain, la nature est prise en otage. Le parc est désormais une proie facile, et le sanctuaire, une position stratégique. Qui a ordonné cette rafle ? Pourquoi ces cibles précises, loin des lignes de front conventionnelles ?
Le silence assourdissant des chancelleries face au pillage de notre patrimoine commun est une question qui, elle, mérite une réponse. Et vite. Avant que les gorilles ne soient les prochains à être déplacés.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













