En officialisant la candidature de Madame Juliana Amato Lumumba au secrétariat général de la Francophonie, la RD Congo ne se contente pas de proposer une technocrate de haut vol. Elle envoie un signal géostratégique puissant, où la mémoire, le genre et le leadership panafricain se conjuguent pour redéfinir le rôle de la Francophonie dans le monde.
Le patronyme “Lumumba” n’est évidemment pas anodin. En le portant, Juliana Amato Lumumba incarne à elle seule la persistance d’une certaine idée de l’Afrique : celle d’un continent souverain, debout, et désormais prêt à occuper les avant-postes de la diplomatie culturelle et économique mondiale. Kinshasa joue ici une carte mémorielle fine, en rappelant que l’héritage de Patrice Lumumba n’est plus un fantôme à conjurer, mais une boussole pour penser une Francophonie décolonisée et tournée vers le développement.
Derrière la figure emblématique, c’est un véritable projet de souveraineté économique qui se dessine. Le parcours de la candidate – à la tête de l’Union des Chambres de Commerce africaines et comme entrepreneure aguerrie – traduit la volonté congolaise de recentrer la Francophonie sur les enjeux du XXIe siècle : l’intégration régionale, le financement de l’économie réelle et l’autonomisation des femmes comme moteur de croissance.
En poussant une femme capable de parler d’égalité des genres en même temps que de commerce inter-africain, la RDC opère un double mouvement stratégique : elle se pose en garante d’une Francophonie utile, loin des seules joutes oratoires, et elle affirme son leadership continental à un moment clé où l’Afrique centrale cherche à peser davantage dans les équilibres géopolitiques. Enfin, cette candidature est un pari sur le multilinguisme et la multipolarité.
Avec la maîtrise du français, de l’anglais, de l’arabe, du lingala et du swahili, Juliana Amato Lumumba incarne une Francophonie qui ne se vit plus en opposition au monde anglophone ou arabe, mais comme un carrefour stratégique entre l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Occident. Kinshasa, en misant sur cette polyphonie, rappelle que la RDC est un poids lourd démographique et culturel, mais aussi un pont naturel entre les espaces francophone, arabophone, lusophone et anglophone du continent.
Plus qu’une simple élection à un poste international, c’est une redéfinition en creux de la place de la RDC dans l’ordre mondial que le gouvernement congolais propose : celle d’un État-pivot, capable d’incarner la modernité africaine au cœur des institutions multilatérales.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













