Quand il a poussé la porte de la chambre conjugale un 14 février et découvert que son ex — oui, son EX, celle avec qui il a partagé vingt ans de vie — avait choisi précisément ce jour pour récidiver dans leur lit, la plupart des maris auraient saisi le fusil. Lui, non. Lui a transformé son drame en télé-réalité. Les voilà maintenant, assis sur le défait, dégoulinants de honte.
Tandis que dans le salon, le ban et l’arrière-ban des familles rappliquent pour la réunion de copropriété au menu simple : “Comment on a tous échoué en éducation sentimentale”. Bernard, le beau-père, face à ce champion qui vient de prouver que sa fille préfère les randomnées en canyon avec son ex plutôt que les macarons du mercredi, tu ne vas quand même pas oser lui dire : “Fallait être plus présent” ? Si j’étais toi, je prendrais un air grave et je lâcherais, l’œil humide : “Mon fils, moi aussi j’ai toujours préféré le numéro 10 au numéro 9”.
Et visiblement ta femme aussi, puisque c’est son ex dans ton lit pour la Saint-Valentin. Alors la prochaine fois que tu sens un courant d’air, va plutôt ranger les chaises longues. Lucie, toi qu’on a tirée du boulot pour découvrir que ton mari en jogging a emballé la boulangère — l’ex de son ex, trente-six mille chapitres — en allant chercher une baguette un 14 février, si tu veux sauver ce guignol, ne t’excuse pas. Attaque. Regarde la femme trompée droit dans les yeux :
“Alors comme ça, ma cocotte, t’en es réduite à te taper mon mari — ton ex, faut suivre — pour la Saint-Valentin ? Garde-le, tu me rends service. Mais avant, on discute pension alimentaire et garde alternée des poils sur son dos.”
En une phrase, tu transformes la réunion en constat d’adultère intergénérationnel, tu humilies tout le monde et tu sauves la face en faisant croire que tu es au-dessus de ça, même quand ton mari va fêter l’amour chez son ex à lui. C’est lui le dindon de la farce, pas toi.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













