Alors que la conférence “Les violences sexuelles de masse en RDC : décrypter la stratégie de la terreur dans l’Est du Congo” se tiendra le 21 février 2026 à HEIP Paris, une réalité insoutenable s’impose : jamais le corps des femmes n’aura été aussi méthodiquement utilisé comme champ de bataille. Dans l’est de la RD Congo, le viol n’est plus un dommage collatéral de la guerre : il en est devenu l’arme principale, stratégique, systématique.
Entre janvier et septembre 2025, plus de 80 000 cas de violences sexuelles ont été enregistrés par l’UNFPA dans les seules provinces du Nord-Kivu, Sud-Kivu et Ituri , soit une hausse de 30 % en un an. Ces chiffres, déjà massifs, ne reflètent qu’une partie de la réalité, la majorité des victimes n’osant jamais se présenter dans les centres de soins. L’année 2025 a également vu l’émergence d’un nouveau seuil dans la barbarie.
En janvier, plus d’une centaine de détenues ont été violées puis brûlées vives lors de l’évasion de la prison de Munzenze à Goma, alors que les rebelles du M23 approchaient de la ville . En une semaine, près de 500 nouveaux cas étaient signalés, dont 150 concernant des mineurs. Contrairement aux idées reçues, ces atrocités ne sont pas le fruit d’exactions isolées commises par des soldats indisciplinés.
Toutes les parties au conflit – FARDC, M23, ADF, milices wazalendo – utilisent le viol comme une arme de destruction massive, pour terroriser les populations, les déplacer et détruire le tissu social. Une “stratégie de la terreur” parfaitement décryptée par le Dr Denis Mukwege, qui y voit une volonté délibérée de “détruire la capacité de reproduction et de résistance des communautés”.
La systématisation de ces crimes, perpétrés souvent par des hommes cagoulés, rend impossible l’identification des coupables et garantit une impunité quasi totale. Survivre au viol n’est que le début d’un chemin de croix. Les coupes budgétaires drastiques dans l’aide humanitaire ont provoqué une pénurie mortelle de “kits PEP”, ces traitements d’urgence contre le VIH qui doivent être administrés dans les 72 heures.
Des adolescentes violées repartent sans soins des centres de santé, condamnées à vivre avec le spectre du Sida en plus du traumatisme. À cette urgence médicale s’ajoute un rejet social systémique : les survivantes sont abandonnées par leur mari, chassées par leur famille, mises au ban de leur communauté. “Après l’attaque, les connaissances de mon mari lui ont conseillé de m’abandonner”, témoigne Maria, miroir brisé de milliers d’autres.
Pourquoi ces atrocités se répètent-elles depuis trente ans sans jamais cesser ? Parce que les auteurs savent qu’ils ne seront jamais inquiétés. Aucune des 80 000 survivantes documentées par Human Rights Watch en 2025 n’avait tenté de porter plainte, convaincues que la justice ne passerait jamais. Dans les rares cas où une procédure est envisagée, les victimes doivent parfois débourser jusqu’à 1 000 dollars pour financer leur dossier – une somme inaccessible dans l’une des régions les plus pauvres de la planète.
Le Comité de l’ONU contre les discriminations envers les femmes (CEDAW) a récemment rappelé que ces actes constituent des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre . Pourtant, aucune mobilisation internationale à la hauteur de l’horreur ne se profile. Rendez-vous le 21 février 2026 à 14h30, HEIP Paris, 10 Rue Sextius Michel, 75015 Paris, pour comprendre, décrypter, et refuser l’oubli.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













