La chronologie exacte des faits, désormais établie devant la Cour, est la suivante : les fils Mushobekwa sont arrivés dans la résidence entre 2 heures et 2 heures 30 du matin, en l’absence de Philémon Mambabwa. Celui-ci n’est rentré qu’à 4h30. Marie-Ange Mushobekwa est arrivée aux alentours de 8 heures 30 et tous ont quitté les lieux à 10 heures.
Contrairement à ce qui a pu être affirmé, les enfants n’ont jamais été placés de force dans une cage à chien. Ils s’y sont cachés d’eux-mêmes dans la salle de bain de la chambre de Malaïka, et c’est Sakina la fille mineure invitée dans la résidence et très proche amie de Claudien Lifoma Likulia, le fils majeur de Marie-Ange Mushobekwa, qui en a verrouillé la porte, gardant la clé sur elle. Philémon Mambabwa a dû insister plusieurs minutes avant qu’elle n’accepte de l’ouvrir.
Les garçons ont ensuite été conduits à la guérite à partir de 5 heures passées, où ils sont restés jusqu’à l’arrivée de leur mère après 8 heures passées. La période de privation de liberté pendant laquelle M. Philémon Mambabwa était effectivement présent et responsable est donc comprise entre 5h30 et 10h, soit environ 4 heures et demie, dont une partie significative 1h à 1h30 en présence de Marie-Ange Mushobekwa elle-même. Les contusions musculaires constatées par un généraliste près de 20 heures après les faits n’ont pas été attribuées avec certitude à des coups ordonnés par le prévenu.
L’affaire a été portée sur la place publique comme un scandale de torture commanditée par un proche du pouvoir, impliquant sept policiers, avec des interventions des généraux et des ministres. Devant la Cour, cette narration s’est méthodiquement effondrée. Le bulletin officiel de service établit que seuls quatre policiers sont affectés à la résidence, avec une rotation de deux agents tous les deux jours. Dans la nuit des faits, deux policiers seulement étaient donc présents, réduisant le chiffre de sept à une pure construction médiatique.
Le médecin traitant a reconnu ne pas être légiste et a fait signer son rapport par personne interposée sans formule sacramentelle. La partie civile a refusé l’intervention d’un médecin légiste, mais la Cour, sur demande de la défense, a ordonné d’office une contre-expertise avec un spécialiste indépendant et une confrontation avec le docteur Dosh Yengi Mbuta Junior. Philémon Mambabwa n’était pas chez lui lors de l’intrusion. Et surtout, aucun des renseignants entendus — Malaïka, Sakina, Christopher, Noah, pas plus que Clément Kanku Bukasa ou les policiers — n’a entendu Philémon Mambabwa donner l’ordre de frapper, ni ne l’a cité comme donneur d’ordre de violences.
L’écart entre la rhétorique publique et la substance judiciaire est désormais si béant que la crédibilité même de l’accusation s’en trouve gravement atteinte. La Cour militaire a rappelé avec force son indépendance et le fait que les noms des autorités citées ne l’impressionnaient pas. Elle s’apprête à juger sur des faits, non sur la pression médiatique ou politique ni les intentions des uns ou des autres. En ordonnant elle-même la venue d’un médecin légiste expert pour confronter le rapport du docteur Dosh Yengi Mbuta Junior, la Cour démontre qu’elle entend asseoir sa conviction sur une base scientifique incontestable au-delà de tout doute raisonnable.
En l’état du dossier, l’absence de preuve directe d’une implication ordonnatrice de Philémon Mambabwa dans des violences volontaires est manifeste. Si le verdict devait conclure à un acquittement, la question des déclarations publiques excessives se poserait immédiatement : y a-t-il eu exagération militante, dénonciation calomnieuse, voire diffamation ? La loi militaire, comme le droit commun congolais, sanctionne l’accusation portée de mauvaise foi ou avec une légèreté coupable. Une chose est certaine : dans ce dossier, la vérité judiciaire, celle que la Cour s’apprête à consacrer le 30 avril, ne se confond pas avec la vérité médiatique qui a enflé hors de ses murs.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR












