Le voilà donc sur le banc des accusés, ce “Mike Tyson des salles d’accouchement” dont les poings devaient, paraît-il, sauver des vies. Menotté, encadré, le Dr David Balanganayi Kayembe a comparu en procédure de flagrance devant le Tribunal de grande instance de Kinshasa/Kinkole, sous l’œil vigilant des dizaines de femmes venues rappeler à la justice qu’une salle de naissance n’est pas un ring de boxe.
La scène avait pourtant tout du spectacle tragique : un médecin, fonctionnaire de l’État, qui justifie ses coups par un “état de nécessité”, comme si l’urgence autorisait soudainement à réduire une patiente de 19 ans à un champ de bataille. Son argument ? Une “stimulation physique” qui serait légale, une méthode non conventionnelle glorifiée en geste de sauveur. Mais que l’on ne s’y trompe pas : frapper une femme en travail, c’est la dépouiller de sa dignité.
Et l’entourer d’un stagiaire qui filme la scène pour “conserver une preuve”, c’est la livrer nue à la vindicte des réseaux sociaux. La défense tente pourtant de faire passer ce carnage pour un acte d’héroïsme médical. On nous parle d’une patiente “brutale”, d’une hémorragie post-partum qui ne laissait que deux heures de survie, d’un personnel “à rude épreuve” face à un refus catégorique de soins. Mais où donc est passé le serment d’Hippocrate quand l’équipe médicale, épuisée, a laissé le médecin-pasteur imposer sa loi par la force ?
Les témoignages des collègues accréditent l’idée que la patiente “ne voulait entendre personne”, mais depuis quand le consentement éclairé est-il une option négociable ? L’avocate de la partie civile l’a rappelé avec une clarté qui devrait faire vaciller l’édifice de la défense : la loi sur la santé publique est formelle, aucun patient ne peut être contraint par la violence, quelle que soit l’urgence. Alors que le tribunal a renvoyé l’audience au mercredi 1er avril, en exigeant la comparution personnelle de la victime, une question plus vaste se profile au-delà du cas individuel.
Ce procès n’est pas seulement celui d’un médecin aux méthodes expéditives : il est le révélateur d’un système où la précarité des soignants sert parfois d’excuse à l’indifférence, où la parole d’une jeune femme accouchée sous les coups pèse moins que la “raison d’État médicale”. Si le tribunal choisit l’apaisement et la clémence au nom des conditions difficiles de l’exercice, il signera un blanc-seing à tous ceux qui, dans l’ombre des hôpitaux publics, confondent encore autorité thérapeutique et brutalité.
Les associations de femmes réclament “tolérance zéro” . On ne saurait être plus juste : qu’on juge donc ce médecin avec toute la rigueur qu’on n’a pas su appliquer aux politiciens aux valises d’argent, car dans ce pays où la justice semble parfois à deux vitesses, la cause des femmes ne mérite pas qu’on lui offre des juges à la complaisance complice .
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













