La veilleuse s’est éteinte, doucement, dans la nuit kinshasaise du lundi 6 avril 2026. Aux environs de 22 heures, le Professeur ordinaire Jean-Pierre Manuana Nseka a rendu son dernier souffle, laissant l’Université des Sciences de l’Information et de la Communication – UNISIC – orpheline d’un de ses plus brillants esprits.
Ce silence qui tombe sur les couloirs de l’institution n’est pas celui de la routine académique, mais celui, assourdissant, que laisse un pilier qui s’effondre. Figure respectée du monde universitaire congolais, l’homme n’était pas qu’un enseignant : il était une boussole pour des générations d’étudiants qu’il avait formés à la rigueur, à la bibliologie, à la science de la communication écrite, aux TIC, au multimédia et à ce e-learning qu’il portait comme une promesse d’avenir pour la RDC.
Le savant ne s’est pas construit en un jour. Issu de l’École doctorale de l’UNISIC, Jean-Pierre Manuana Nseka avait marqué l’histoire de son institution bien plus tôt, en 2005, lorsqu’il en devint le deuxième docteur formé sur place. Sa thèse, “L’œuvre bibliographique coloniale belge de 1866 à 1960. Interprétation bibliographique”, reste une pierre angulaire dans le champ des sciences de l’information — un travail qui ne se contentait pas de classer des savoirs, mais qui décryptait la mémoire même d’une époque douloureuse.
Derrière l’intellectuel, il y avait l’infatigable bâtisseur : Directeur des bibliothèques, premier à piloter la Bibliothèque inter-universitaire de la RDC – CEDESURK – après avoir longtemps veillé sur celle du Centre Wallonie-Bruxelles. Partout, il semait l’accès au livre, à la connaissance, à l’émancipation par l’écrit. Aujourd’hui, l’UNISIC pleure un de ses piliers, mais un héritage ne disparaît pas avec un homme.
Ce formateur engagé, cet intellectuel dont la rigueur et la passion ont modelé des centaines de bibliothécaires, de documentalistes et de communicateurs, laisse derrière lui une œuvre qui continue de vivre dans chaque étudiant qu’il a poussé à voir plus loin. La République Démocratique du Congo perd un savant, mais le savoir, lui, ne meurt pas. Que la terre de Kinshasa lui soit légère. Que son âme repose en paix.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













