Le baromètre est formel : 78 % d’opinions favorables pour la Première Ministre Judith Suminwa Tuluka en ce mois d’avril 2026 . L’inflation est domestiquée, tombée de 23,4 % fin 2023 à 2,3 % fin 2025. Les réserves internationales atteignent 7,6 milliards de dollars. La RDC est désormais la cinquième économie africaine selon le FMI.
Sur le papier, tout sourit à cette économiste formée en Belgique, première femme à diriger un gouvernement congolais. Pourtant, c’est dans ce moment de grâce statistique que plane l’ombre d’un remaniement gouvernemental, exigé par un président qui réclame des “résultats concrets, mesurables et vérifiables”. Le paradoxe Judith Suminwa Tuluka est là : gouverner avec succès ne protège pas de la disgrâce. Les chiffres, justement, sont têtus.
Le budget 2026 dépasse les 59 000 milliards de francs congolais, un record historique qui finance des priorités claires : sécurité, agriculture, infrastructures. La numérisation des finances publiques, le paiement des fonctionnaires par mobile money, les réformes de la fonction publique menées par Jean-Pierre Lihau : tout indique une volonté de moderniser l’État en profondeur. Et pendant que la guerre déchire toujours l’Est du pays, la Première Ministre mène une diplomatie économique active à Washington,.
Elle négocie des centaines de millions pour l’eau et l’électricité, repositionne la RDC dans le projet du corridor de Lobito. Une hyper-activité qui force le respect. Alors pourquoi ce remaniement annoncé ? Peut-être parce qu’en RDC, la politique ne se lit pas qu’aux bilans comptables. Elle se lit dans les rapports de force, les équilibres partisans, les loyautés mouvantes. Judith Suminwa Tuluka le sait : sa gouvernance prudente et organisée séduit l’opinion.
Mais le jugement du Président Félix Tshisekedi obéit à d’autres critères. Le paradoxe est cruel : plus elle réussit, plus elle est exposée. Mais c’est aussi cette tension permanente qui forge les grands destins politiques. Rester populaire tout en menant des réformes difficiles dans un pays en guerre : voilà le tour de force de Judith Suminwa. Restera-t-il suffisant face aux exigences présidentielles ? Réponse dans les semaines à venir.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













