C’est une image que l’on croyait réservée au Katanga. Pourtant, samedi dernier, c’est bien depuis la Tshopo qu’un signal fort a été envoyé aux marchés mondiaux. Quatre-vingt-dix-neuf tonnes de cuivre, extraites du sol de Lubutu, dans la province du Maniema, ont pris la direction de Hong Kong. Un chargement modeste en volume, mais au poids symbolique considérable.
La scène se déroule à Kisangani, carrefour commercial historique redevenu, le temps d’une cérémonie, le témoin d’une ambition minière renaissante. “Aujourd’hui, c’est un grand jour pour la Tshopo”, a lancé Annie Sheka, cheffe de division provinciale des Mines, en officialisant cette première exportation. Dans ses mains, le certificat du CEEC, le précieux sésame délivré par le Centre d’expertise, d’évaluation et de certification, garantie que ce cuivre respecte les procédures légales et les normes internationales.
Ces sacs de minerai ne sont pas tombés du ciel. Ils sont le fruit du travail de la coopérative Komako, qui opère sur le site d’Okelenge. D’un lot initial de 100 tonnes, 99 tonnes ont passé avec succès les contrôles de certification. Un taux de conformité qui force le respect pour une région où le secteur artisanal doit constamment prouver sa capacité à entrer dans le moule formel.
Au-delà du simple fait divers commercial, cet événement redessine en pointillés la carte minière et logistique de la RDC. Il démontre que l’Est du pays ne vit pas que du coltan et de la cassitérite. Le cuivre y trouve une voie d’exportation alternative, fluviale et routière, transitant par la Tshopo avant de rejoindre les ports internationaux.
Pour le Maniema comme pour la Tshopo, c’est la promesse de retombées économiques, une forme de revanche logistique sur l’enclavement. Reste à transformer ce coup d’essai en succès commercial durable, pour que cette centaine de tonnes ne soit pas qu’un symbole, mais le premier jalon d’un nouveau corridor du cuivre congolais.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













