Le dialogue est supérieur à la guerre. En cette période où l’Est de la RD Congo saigne sous les armes et où les populations civiles paient le prix d’une escalade militaire aux ramifications complexes, la déclaration de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) résonne comme un rappel salutaire.
Les évêques catholiques, en affirmant leur droit à porter un jugement moral sur des affaires qui relèvent de l’ordre politique, assument pleinement leur mission prophétique. Dans un pays où la foi est un ciment social et une voix de la conscience collective, cette prise de parole dérange ceux qui voudraient réduire l’Église à un simple rôle d’observatrice. Face à la tentation de la solution militaire, la CENCO ose poser les bonnes questions : après des décennies de conflits armés, que nous ont apporté les armes ?
La violence a-t-elle jamais résolu les fractures profondes qui traversent la nation ? Le jugement moral revendiqué par les évêques n’est ni une ingérence ni une usurpation. Il est, dans la tradition sociale de l’Église, un acte de résistance face à l’oubli de l’humain. Oser dire que le dialogue est supérieur à la guerre, c’est refuser la banalisation du sang versé. C’est rappeler que la légitimité d’un pouvoir, comme la stabilité d’un pays, ne se mesurent pas à leur capacité à écraser l’adversaire, mais à leur aptitude à construire la paix.
L’Église en RDC a déjà prouvé par le passé — lors des transitions politiques délicates — sa capacité à être une médiatrice crédible, non parce qu’elle détenait le pouvoir, mais parce qu’elle incarnait une parole indépendante, respectée au-delà des clivages. En affirmant aujourd’hui qu’un jugement moral lui revient sur l’ordre politique, la CENCO ne cherche pas à se substituer aux autorités. Elle veut les empêcher de se soustraire à leur devoir le plus sacré : préserver la vie des Congolais.
Dans une région où les cycles de violence semblent sans fin, cette voix morale n’est pas une entrave. Elle est peut-être la dernière digue avant l’engloutissement. La question posée par les évêques traverse les salons du pouvoir, les états-majors et les couloirs diplomatiques : au nom de quoi continuerait-on à faire prévaloir la logique de la guerre quand tout démontre son échec ? En RDC, le temps n’est plus aux postures. Il est aux choix de civilisation. Et sur ce terrain, la CENCO vient de rappeler qu’elle ne laissera personne dire qu’elle n’avait pas averti.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













