C’est un coup de tonnerre dans le ciel économique congolais. Le gouverneur de la Banque centrale du Congo, André Wameso, a décidé d’en finir avec une anomalie nationale devenue un réflexe : l’usage quasi exclusif du billet vert dans les transactions quotidiennes des grandes villes. Lors de son passage sur Top Congo FM ce 17 avril 2026, le patron de l’institut d’émission a tracé une ligne rouge : “Le franc congolais sera la seule monnaie qu’on pourra utiliser en espèces dans notre pays.”
Derrière cette mesure radicale, il y a la volonté de briser une dépendance monétaire jugée excessive et humiliante, où le dollar s’était imposé comme une seconde langue financière sur les artères de Kinshasa et Lubumbashi. L’objectif est clair : redonner au franc congolais sa souveraineté, sa valeur et sa centralité, tout en ménageant une transition pragmatique pour les comptes bancaires et les outils numériques, où les devises étrangères resteront tolérées.
Mais au-delà de l’affirmation de la souveraineté nationale, André Wameso met à nu une mécanique bien plus sombre et sécuritaire. Il pointe du doigt une hémorragie de liquidités qui alimente directement l’instabilité dans l’Est du pays. Son constat est glaçant de logique : si le Rwanda et l’Ouganda n’importent pas de dollars en cash, et que les chefs de rébellion pourtant sous sanctions américaines payent leurs combattants en billets verts, c’est bien que ces dollars proviennent des circuits informels congolais.
“En quelque sorte, notre économie soutient le mal”, a-t-il asséné, établissant un lien direct entre l’usage incontrôlé du cash en devises et le financement du terrorisme et du blanchiment de capitaux. L’importation mensuelle compulsive de dollars par la RDC est, selon le gouverneur, la preuve éclatante d’une fuite incontrôlée des liquidités vers des réseaux opaques qui dépassent les frontières nationales.
Reprendre le contrôle de la circulation fiduciaire devient dès lors un impératif de sécurité nationale autant qu’un enjeu économique. Pour réussir cette transition historique, Wameso mise sur une transformation structurelle déjà en marche : la digitalisation accélérée des paiements. “Il faut pousser la digitalisation. Et c’est possible”, a-t-il martelé, évoquant une mutation progressive des usages, notamment dans les taxis ou les commerces de proximité où les paiements électroniques gagnent du terrain.
Cette réforme, qui vise à améliorer la traçabilité et la transparence fiscale, se veut un formidable levier pour l’essor des fintechs congolaises. Et si certains redoutent une fracture territoriale, le gouverneur relativise : à cent kilomètres de la capitale, le franc congolais règne déjà en maître. Loin d’être une révolution brutale, cette décision est présentée comme une adaptation inévitable à l’économie moderne et un accompagnement d’un mouvement déjà existant.
En fermant la porte au dollar en liquide, André Wameso ne se contente pas de changer une règle monétaire ; il cherche à refermer les vannes d’une économie parallèle qui, selon ses propres termes, nourrit les rébellions et freine l’émergence d’une RDC prospère et souveraine.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













