Alors que les obus retombent encore dans les mémoires et que les charniers se comptent encore dans l’anonymat des collines du Masisi, les caciques du RDF/M23 s’offrent le luxe d’un atelier de structuration de la communication à Goma. Il n’en fallait pas plus pour mesurer l’abjection : pendant que leurs victimes enterrent leurs morts sous les décombres, eux peaufinent des storyboards.
Cette mascarade prétendument destinée à “contrer la propagande de Kinshasa” révèle surtout la nervosité d’une machine de guerre qui, faute de légitimité, tente désespérément de maquiller son visage. Mais aucune séance de com, aucun power-point ne pourra jamais blanchir la réalité : cette mouvance n’est qu’une vitrine armée d’une agression étrangère, une marionnette dont les fils se tirent à Kigali, et qui aujourd’hui, à défaut de conquérir les cœurs, veut formater les esprits.
Cette frénésie communicationnelle arrive un mois jour pour jour après la mort de Willy Ngoma, leur porte-parole militaire, descendu dans la région de Rubaya. Un mois. Et déjà, ses anciens camarades d’armes troquent le fusil pour le tableau blanc et les stratégies de “contre-discours”. Belle manière d’honorer leur “héros” : en se précipitant dans les séminaires urbains pour lisser une image que ses propres combattants, morts au front, ne peuvent plus défendre.
L’homme est devenu prétexte à un recyclage médiatique. Pendant que les FARDC et les patriotes “wazalendos”, eux, ne font pas de séminaires – ils frappent. Ils ont tué le porte-voix militaire du RDF/M23 ; en réponse, les survivants de la rébellion ne trouvent rien de mieux que de convoquer des experts en storytelling. On croirait à une macabre autoparodie. Mais cet atelier forcé a au moins le mérite de la transparence.
Il avoue tout haut ce que l’on savait tout bas – que le RDF/M23, affaibli sur le terrain par une résistance populaire qu’il n’a jamais su anéantir, tente désormais de gagner une guerre qu’il a perdue sur le plan moral. Organiser la “communication civile et militaire”, c’est admettre que l’on ne peut plus tuer sans convaincre. Pourtant, on ne convainc pas quand on occupe, on ne structure pas une parole quand on est l’émanation d’une armée étrangère, et on n’édulcore pas une tragédie avec des ateliers.
À Rubaya, les FARDC soutenues par le peuple congolais n’ont pas lu leurs manuels de com, mais ils ont rappelé une vérité simple : une rébellion qui cherche à soigner son image au lieu de soigner ses plaies est déjà en phase terminale. Le RDF/M23 peut organiser tous les séminaires de Goma, il ne fera jamais oublier qu’il est né d’une trahison et qu’il survit par le pillage. Les mots ne protègent pas contre les balles de la dignité.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













