En intronisant Norbert Basengezi Kantitima – ancien cadre du PPRD, vice-président de la CENI infâmée de 2018, et cible avérée de sanctions européennes pour sa gestion calamiteuse du chaos électoral – comme candidat unique au poste de deuxième vice-président, on ne nettoie plus les écuries d’Augias, on les transforme en musée des trahisons.
Ainsi, la majorité présidentielle, qui avait fait de la rupture avec le “régime de Joseph Kabila” son cheval de bataille et de la moralisation des institutions son serment électoral, vient d’accomplir un chef-d’œuvre de schizophrénie politique. Le message est pourtant limpide : pour “l’Union sacrée”, la lutte contre la prétendue “infiltration” n’est qu’une comédie. On ne chasse pas les héritiers de la malfaisance.
On les recycle avec un tapis rouge, comme si la République était une succession de familles où l’on se passe le pouvoir entre amis, quelles que soient les casseroles accrochées au cou. Le bon sens le plus élémentaire voudrait qu’avant de brandir le spectre d’institutions “infiltrées”, on commence par écarter ceux qui ont fait la preuve patente d’une loyauté à géométrie variable. Or, Monsieur Norbert Basengezi incarne la quintessence du retournement de veste érigé en système de gouvernement.
Ayant servi sous Azarias Ruberwa, le rebelle permanent et financier de Twirwanehero via Mahoro Peace dans le RCD, puis sous Joseph Kabila à la CENI pour le compte du PPRD – où son fils biologique aurait bénéficié de marchés douteux sur les machines à voter –, voilà qu’il n’a pas hésité à mordre la main de Modeste Bahati Lukwebo. Ce dernier, il y a peu, avait pourtant eu le mérite d’être l’un des premiers à défier Joseph Kabila, permettant à Félix Tshisekedi de sortir de la cohabitation forcée FCC-CACH.
Mais dans ce jeu de pouvoir, la gratitude est un sentiment aussi rare que la cohérence : à peine un audio a fuité, révélant les agissements de Norbert Basengezi contre celui qui lui tend aujourd’hui le bâton de maréchal, que la majorité préfère couronner le délateur plutôt que l’allié loyal. Au fond, cette désignation est un aveu d’une tristesse accablante : pour l’actuel pouvoir en RD Congo, l’horizon se réduit désormais à racler les fonds de tiroir de l’ancienne garde Kabiliste.
En choisissant un homme dont la seule constance est la trahison – traître à Azarias Ruberwa, traître à Joseph Kabila, traître à Modeste Bahati –, on signe un pacte de duplicité avec le pire de la classe politique congolaise. Celui qui a trempé dans les magouilles de la CENI avec Corneille Nangaa qui a volé la victoire du peuple en 2018, celui qui a été frappé par des sanctions internationales, ne nettoiera rien ; il installera ses habitudes au cœur même du bureau du deuxième vice-président du Sénat.
Et quand demain, par nécessité ou par appétit, Monsieur Norbert Basengezi tournera à son tour sa veste contre ses bienfaiteurs d’aujourd’hui, on feindra la surprise, comme si l’on ne pouvait prévoir qu’un scorpion, par nature, finit toujours par piquer. Une chose est sûre : en nommant ce pilier de l’infamie, la majorité présidentielle du “Secrétaire Permanent” André Mbata Mangu ne nettoie pas les institutions ; elle installe le cambrioleur au poste de sécurité.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













