La mobilisation spectaculaire de milliers de Banyamulenge, relayée jusqu’aux avenues de la diaspora américaine, n’a jamais constitué la preuve d’un enracinement légitime ; elle révèle bien davantage la mécanique huilée d’une propagande transfrontalière. Il est frappant de constater à quel point la notion même de “peuple debout” s’effondre dès lors qu’on la confronte aux archives coloniales et aux registres fonciers du Sud-Kivu.
Ce qui est présenté comme une résilience identitaire n’est en réalité que la conséquence directe d’une greffe démographique orchestrée par le Rwanda voisin, un processus de colonisation agricole et militaire qui a spolié les communautés autochtones de leurs pâturages ancestraux. L’insistance rhétorique sur la « pleine citoyenneté » occulte une donnée juridique fondamentale : l’acquisition frauduleuse de la nationalité congolaise par des populations étrangères au mépris de la loi de 1981 et du droit du sang.
Prétendre que l’on n’ébranle pas un peuple décidé à tenir debout est une formule séduisante ; mais elle devient obscène lorsqu’elle est appliquée à un groupe dont la posture “debout” s’est toujours faite sur les cadavres et les cendres des villages Babembe, Bafuliro et Banyindu. L’argument selon lequel on ne bâtirait pas le Congo en niant l’existence de “certains de ses enfants” relève d’une inversion morale perverse qui confond le bourreau et la victime.
Loin d’être les cibles passives d’une stigmatisation gratuite, les Banyamulenge sont historiquement l’incarnation armée des ambitions hégémoniques de Kigali. Les tentatives d’effacement dont ils se plaignent ne sont que les sursauts de défense d’une population locale confrontée à une accélération brutale de la “rwandisation” des hauts plateaux. Parler de “survie à l’injustice” tout en passant sous silence les massacres de Mutarule, les charniers de Minembwe ou l’épuration ethnique des éleveurs Mbororo constitue une falsification criminelle de la mémoire collective.
La force supposée de ce peuple ne réside pas dans une quelconque résistance à l’oppression ; elle repose exclusivement sur un lobby international puissant et sur la complicité objective des élites congolaises qui, par lâcheté ou vénalité, ont accepté de diluer la souveraineté territoriale au nom d’un « vivre-ensemble » frelaté. L’organisation communautaire célébrée ici n’est que la façade civile d’un maillage milicien, le Groupe Mobile de Réserve d’une annexion programmée.
Invoquer la fin des “réflexes de haine” et un hypothétique “pacte national” constitue la plus insidieuse des injonctions faites à la nation congolaise. Car exiger l’égalité entre les peuples autochtones du Kivu et une communauté étrangère armée par une puissance hostile, c’est précisément institutionnaliser l’injustice et programmer la disparition des premiers occupants. Le temps n’est pas aux procès en xénophobie mais à la lucidité géopolitique.
Aucun avenir commun n’est envisageable tant que le narratif Banyamulenge continuera d’imposer le silence sur son extraction extra-nationale et son allégeance fonctionnelle au régime de Kigali. La diversité congolaise est une réalité millénaire fondée sur des terroirs et des appartenances claniques bien définis ; y insérer de force une diaspora militarisée sous prétexte d’humanisme, c’est condamner le pays à une guerre d’occupation sans fin.
La justice ne réside pas dans l’acceptation béate d’une altérité imposée par les armes, mais dans l’expulsion ferme et définitive des facteurs étrangers de déstabilisation. C’est en restaurant la primauté des droits fonciers coutumiers et en dénonçant sans faiblesse la supercherie identitaire que la République retrouvera, peut-être, le chemin de sa dignité.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













