En RD Congo, la classe politique a érigé l’inconstance en méthode de gouvernance. Véritables palindromes humains, ces acteurs se lisent indifféremment dans un sens comme dans l’autre, leur seul cap étant celui des sièges brûlants du pouvoir. Mais c’est dans leur rapport à la Constitution que leur schizophrénie identitaire atteint son paroxysme.
Dans l’opposition, les politiques congolais la brandissent comme un étendard, la déclarent parfaite, intangible, digne d’une vénération presque religieuse — une forteresse qu’il faudrait protéger contre les assauts de ceux qui osent y toucher. Qu’ils accèdent aux fonctions suprêmes, et voilà que cette même Constitution devient soudain caduque, inadaptée, trop rigide, un carcan qu’il faut à tout prix réviser, réformer, voire réécrire.
Le même texte, tantôt sanctuaire intouchable, tantôt obstacle encombrant, n’est jamais qu’un instrument docile au service d’une seule cause : celle de rester au pouvoir. Cette ambivalence constitutionnelle n’est que le miroir grossissant d’une classe dirigeante dont les convictions sont aussi éphémères qu’un mandat. La girouette ne change pas de camp par idéal, mais par calcul : l’ennemi d’hier, pour peu qu’il contrôle les leviers, devient le mentor de demain.
Dès lors, la Loi fondamentale n’est plus un contrat social mais une monnaie d’échange, révisable au gré des alliances et des appétits. Les mêmes qui hier, dans l’opposition, menaçaient de descendre dans la rue pour défendre chaque virgule de la Constitution se muent aujourd’hui en architectes zélés de sa révision. Et ceux qui, depuis le pouvoir, préparaient en catimini les chantiers d’une refonte institutionnelle retrouvent, une fois basculés dans l’opposition, une ferveur soudaine pour l’intangibilité du texte sacré.
Dans ce grand théâtre où l’on change de costume selon que l’on est au chaud ou au froid du pouvoir, le peuple assiste, médusé, à ce spectacle où la loi n’est jamais qu’une affaire de position. À force de traiter la Constitution comme un palindrome que l’on peut lire à l’envi, certains politiques finissent par vider la nation de toute substance républicaine. Derrière l’inconstance juridique se cache une inconstance morale autrement plus grave : celle qui consiste à n’avoir d’autre boussole que son propre intérêt.
Le peuple congolais, lui, connaît le prix de ces volte-face perpétuelles. Il sait que tant que l’on continuera d’avoir deux lectures de la même loi — parfaite quand on est dedans, caduque quand on est au sommet — il n’y aura ni État de droit, ni vision durable. L’heure ne serait-elle pas venue d’exiger de ceux qui nous gouvernent qu’ils cessent d’être des palindromes et qu’ils choisissent enfin, une fois pour toutes, le sens dans lequel ils veulent lire l’avenir du pays ?
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













