La proposition de résolution déposée par l’honorable André Mbata ne porte pas seulement sur l’inscription de figures historiques au panthéon national : elle révèle une manière bien particulière de concevoir la mémoire collective, celle qui consiste à mêler, dans un même geste, la mystique religieuse du royaume Kongo, le prophétisme anticolonial et l’héritage politique contemporain.
En associant Kimpa Vita, Simon Kimbangu et Étienne Tshisekedi dans une même promotion à l’Ordre national des héros nationaux, l’auteur procède à un amalgame temporel et symbolique dont la cohérence historique est pour le moins forcée. S’il est légitime de vouloir honorer des destins d’exception, cette tentative d’alignement frise la manipulation mémorielle, comme s’il s’agissait moins de reconnaître des mérites que de construire un continuum artificiel capable de flatter les sensibilités présentes.
Cette initiative parlementaire se révèle surtout comme un exercice de subjectivité assumée, où la posture professorale de l’auteur semble mise au service d’une glorification personnelle déguisée en hommage national. L’argumentation implicite du texte ne repose sur aucun critère objectif clairement énoncé : quels faits précis, quelles œuvres, quels sacrifices particuliers justifient que ces trois personnalités, aux trajectoires radicalement différentes, partagent soudainement le même statut posthume ?
Le silence est assourdissant, et ce vide est comblé par l’appel à l’émotion la plus immédiate, celle qui parle au cœur des croyants kimbanguistes, à la fierté des descendants de Kimpa Vita et à la loyauté des militants d’un parti politique. L’auteur ne s’adresse pas à la raison des législateurs, mais à la passion populaire, transformant l’hémicycle en caisse de résonance affective. Ce qui est en jeu ici dépasse la simple flatterie.
Il s’agit d’une tentative d’instrumentaliser l’institution parlementaire pour consacrer une version orientée de l’histoire nationale, où les frontières entre le religieux, le politique et le militantisme s’effacent au profit d’un récit sur mesure. Par cette proposition, l’honorable Mbata ne célèbre pas tant les héros que son propre rôle d’ordonnateur des consciences mémorielles, dans une mise en scène qui confond la chaire universitaire et le pupitre de l’Assemblée.
Et l’on peut légitimement se demander si la République, en cédant à de telles pentes glissantes, ne prépare pas elle-même le lit d’une histoire officielle incapable de résister à l’épreuve des faits, précisément parce qu’elle aura été bâtie sur la complaisance plutôt que sur la rigueur.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













