Le 28 avril 1995, le Haut Conseil de la République – Parlement de Transition adoptait la célèbre “Résolution sur la Nationalité”. Ce texte, officiellement destiné à encadrer l’afflux massif de réfugiés rwandais et burundais fuyant les conflits dans leur pays, portait en lui tous les germes d’une catastrophe nationale. En s’appuyant sur les conclusions de la Commission Vangu – qui avait préconisé “le nettoyage du Congo de tout élément Munyarwanda” – le Parlement zaïrois ouvrit un cycle politique majeur.
Des citoyens rwandais, installés sur cette terre depuis des générations, furent brutalement désignés comme étrangers. Le député Rémy Kalegamire, qui eut le courage de dénoncer cette manipulation, fut immédiatement déchu de son mandat et de sa nationalité. Un signal désastreux venait d’être envoyé. C’est sur ce terreau de division, hélas cultivé de l’intérieur, que Kigali allait déployer un savoir-faire redoutable dans l’art de l’instrumentalisation.
Le Rwanda de Paul Kagame, qui venait de prendre le pouvoir par les armes en juillet 1994, comprit immédiatement le parti qu’il pouvait tirer de cette fracture identitaire. Alors que 40 citoyens d’origine rwandaise installés en RD Congo tentaient courageusement, par un mémorandum adressé au Président Mobutu, d’alerter sur la dérive en cours et de réaffirmer leur attachement à la nation zaïroise, Kigali orchestrait méthodiquement la transformation d’une communauté installée en RD Congo en fer de lance de ses ambitions régionales.
La stigmatisation des Banyarwanda, bien réelle et condamnable, devint le levier rhétorique idéal. Sous couvert de “protéger les siens”, le Rwanda masquait un projet bien plus vaste : trouver une porte d’entrée pour déstabiliser un voisin immense aux ressources convoitées, en instrumentalisant la douleur légitime d’une population pour en faire le bras armé d’une invasion. La suite est une mécanique d’ingérence implacable. Dès octobre 1995, la tension savamment attisée autour d’Uvira offrait au Rwanda le casus belli recherché.
En septembre 1996, la “révolte des Banyamulenge” éclatait, téléguidée et armée par Kigali. Quelques semaines suffirent pour que cette insurrection locale soit phagocytée par une coalition hétéroclite rebaptisée AFDL, placée sous la direction de Laurent-Désiré Kabila mais pilotée en sous-main par Paul Kagame et Yoweri Museveni, avec l’appui logistique de Washington et Londres. Le 25 octobre 1996, Uvira tombait. Le 17 mai 1997, Kinshasa aussi.
Ce qui fut présenté au monde comme une “libération” n’était en réalité que le premier acte de la longue entreprise de dépeçage de la RDC. La Résolution du 28 avril 1995 fut un prétexte pour Kigali mais incontestablement un élément déclencheur. Mais c’est le Rwanda qui, avec une froideur cynique et stratégique, la transforma en détonateur d’une guerre de pillage dont les plaies béantes saignent encore aujourd’hui dans l’Est de la RDC.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













