Allumez vos écrans n’importe quel jour de la semaine en RD Congo. Qu’y voyez-vous ? Des débats tonitruants, des polémistes appointés qui s’invectivent sur le dernier concert de tel ou tel musicien ou la dernière phrase maladroite d’un ministre. Les plateaux des chaînes congolaises sont devenus des rings où l’on commente le commentaire, où l’on débat du débat, dans une boucle stérile qui nourrit l’audience sans jamais servir l’intérêt public.
Les producteurs d’émissions vous diront que le public veut du spectacle. Mais qui a décidé que la justice était moins spectaculaire qu’une querelle de personnes ? Qui a décrété que l’extradition d’un suspect de meurtre intéressait moins les Congolais que les éternelles conjectures sur un remaniement ministériel ? Les chaînes de télévision ont une responsabilité sociale.
Elles ne sont pas de simples machines à vendre de la publicité. Quand elles relèguent au second plan une affaire criminelle qui interroge la justice, la sécurité et la protection de la jeunesse, elles trahissent leur mission. Il est temps que les grands plateaux invitent des spécialistes de sciences humaines. Qu’ils donnent la parole à ceux qui enquêtent, qui dénoncent, qui exigent des comptes.
L’audience ne s’effondrera pas parce qu’on parle de vérité et de justice. Elle s’élèvera, parce que le public n’est pas dupe : les citoyens savent faire la différence entre le bruit et l’information, entre le spectacle et le journalisme. La nation congolaise ne peut se satisfaire de la médiocrité ambiante. Le silence des grandes émissions n’est plus une négligence, c’est une faute professionnelle.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













