Il est des disparitions qui ne font pas de bruit dans les journaux, mais qui éventrent le ciel d’une famille. Christine Ngefa Ayipangoto s’en est allée un samedi 25 avril, sans prévenir, comme on pose une plume au milieu d’une phrase. À Kinshasa, la nouvelle a figé le temps. Elle était épouse, mère, fille, sœur — ces mots simples qui contiennent pourtant l’univers entier de ceux qui restent.
Quand la mort frappe à l’improviste, elle ne vole pas qu’une vie : elle arrache à des enfants leur refuge, à un époux son repère, à un frère une part de son histoire. Et lorsque ce frère, Guillaume Ngefa Atundoko Andali, porte l’habit de ministre d’État et la charge de la Justice, on mesure cruellement cette vérité universelle : face au deuil, les titres ne protègent pas, les fonctions ne consolent pas, et le Garde des Sceaux lui-même ne peut rien sceller contre l’absence.
Vendredi 1 mai 2026, la salle Koffi de la Gombe s’apprête à devenir le sanctuaire éphémère de tous les adieux murmurés. Sous les lustres, il y aura des roses, des larmes retenues, des souvenirs chuchotés entre deux sanglots. On y parlera d’elle à voix basse, de son dévouement sans faille, de cette manière si rare qu’elle avait d’être pleinement là pour chacun. Une veillée, c’est ce moment suspendu où une communauté tente l’impossible : retenir encore un peu celle qui s’en va.
La garder parmi les vivants le temps d’une nuit, d’une prière. Les bougies vacilleront, mais moins que les cœurs. Car comment dire adieu à une présence qui était un pilier, une tendresse, un foyer ? Samedi 2 mai 2026 au matin, le cortège s’ébranlera depuis la morgue du Cinquantenaire jusqu’à la nécropole “Entre Terre et Ciel 1”. Ce nom de cimetière, d’ordinaire si poétique, prendra ce jour-là une résonance déchirante : Christine Ngefa Ayipangoto sera justement là, entre terre et ciel.
Entre nos mains qui la pleurent et l’éternité qui l’accueille. Dans la commune de la N’sele, la poussière de mai 2026 retombera doucement sur une tombe neuve, scellant une absence que rien ne comblera. Et nous tous, unis par la prière qu’appellent les familles Masiala Charles et Ngefa Galaekebi, nous murmurerons ces mots terribles et beaux : que son âme repose en paix. Comme une supplique. Comme un dernier geste d’amour.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













