Voici le suprémaciste zoulou Phakela Umthakathi Ndaba Ndaba, nouvelle icône du baratin 2.0 à Johannesburg. Mélangeant identité culturelle, activisme de trottoir et provocations calibrées pour les algorithmes, il a conquis les townships à coups de déclarations qui feraient passer un meeting de Wayiyan Amado Compaoré pour un séminaire du FMI.
Dans l’une de ses vidéos les plus visionnées, ce Robin des bois autoproclamé assure que l’Afrique du Sud est “assez riche” pour verser un million de rands par an à chacun de ses “100 millions d’habitants”. On croirait entendre Compaoré promettre la lune avec ses armes nucléaires, sauf qu’ici le mensonge se niche dans des chiffres que même un écolier pourrait dégonfler. Petit rattrapage mathématique pour le génie des finances.
La population sud-africaine plafonne à 62 millions, mais même en retenant son fantasme de 100 millions d’ayants droit, l’addition donne 100 000 milliards de rands à distribuer chaque année. Or, le budget total de l’État est de 2 700 milliards. Pour honorer la promesse, il faudrait donc vider intégralement les caisses publiques — adieu écoles, hôpitaux, police — pendant plus de trente-sept années d’affilée, et hisser le PIB national à plus de quatorze fois sa taille actuelle.
Phakela Umthakathi Ndaba Ndaba ne propose pas une politique, il éructe une absurdité comptable qui ferait rougir un vendeur de pyramides. Sa richesse n’existe que dans le cerveau de ceux qui confondent un chiffre et un chèque. Le plus terrifiant n’est pourtant pas l’ampleur de l’imposture, mais l’armée de fidèles qui boit ces balivernes comme du petit-lait. Aveuglés par le désespoir économique et l’absence de repères, des milliers de Sud-Africains vénèrent ce marchand d’illusions sans jamais poser une division.
Phakela Umthakathi Ndaba Ndaba n’est pas un leader, c’est un symptôme : celui d’une démocratie où la colère tient lieu de programme et où le populisme suprémaciste peut prospérer sur le fumier de l’ignorance. À force de promettre l’impossible sans trembler, il ne construit qu’une chose — une poudrière sociale qu’il ne saura jamais désamorcer, même avec des milliards imaginaires.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR












