Moïse Nyarugabo n’est pas un homme, c’est un virus. Un agent pathogène de la politique congolaise qui mute à chaque épidémie de violence pour se rendre indispensable au carnage. AFDL, RCD, CNDP, M23 première souche, et maintenant AFC/M23 — le spécimen a traversé toutes les variants de la rébellion sans jamais succomber, preuve qu’il se nourrit du sang des autres.
Son acte fondateur ? 1997, l’Office des biens mal acquis. Pendant que le commun des pilleurs s’encombre de berlines allemandes et de villas à Marbella, Moïse Nyarugabo, lui, fait main basse sur le cerveau de l’État : archives classifiées, plans de défense, fréquences militaires. Le tout soigneusement empaqueté pour Kigali. Ce n’est pas du vol, c’est une lobotomie, et la RDC erre depuis trente ans dans le brouillard stratégique qu’il a lui-même orchestré.
Son génie, c’est la contorsion identitaire. Un jour “Banyamulenge” pour apitoyer les chancelleries, le lendemain “Tutsi congolais” pour négocier un portefeuille, le surlendemain “Rwandophone” quand les parrains exigent un narratif ethnique ajusté à leurs ambitions. Il change d’étiquette plus vite qu’un malfrat change de plaque d’immatriculation, et la République, bonne fille, lui déroule le tapis rouge : vice-président du RCD, sénateur, rapporteur-adjoint du Sénat — la quasi-totalité des postes pour un quasi-total traître.
En 2026, il coiffe la casquette de chef du RDF/M23, remplaçant Corneille Nangaa comme on remplace un directeur de succursale mafieuse. C’est cela, le vrai talent de Moïse Nyarugabo : transformer la guerre en plan de carrière et le pillage en recommandation. Et voilà qu’aujourd’hui ce pleureur professionnel sanglote sur “10 000 soldats burundais et 70 positions militaires” dans les hauts plateaux.
Lui, le fondé de pouvoir d’une armée rwandaise qui occupe l’Est depuis 1998, ose dénoncer l’ingérence étrangère avec des trémolos dans la voix. C’est Dracula qui donne des leçons d’hématologie, Barbe-Bleue qui milite pour les droits des femmes. Ce Tartuffe en treillis, qui s’émeut des bombardements pendant que ses affidés du RDF/M23 violent, pillent et déplacent, n’est pas un rebelle : c’est un rentier du génocide, un comptable de la désolation qui a fait de la trahison non pas une faute, mais un fonds de commerce.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR












