Le procès des “Enfants Mushobekwa” aura duré plus de douze audiences, mais bien avant l’ouverture des débats, plusieurs signaux graves auraient dû interdire toute poursuite. La genèse de la procédure, rappelée par le Ministère public lors du réquisitoire, repose sur la plainte de Marie-Ange Mushobekwa et une lettre de l’auditeur général Likulia Bakumi Lucien-René – frère du défunt mari de la plaignante et oncle paternel de Claudien et Christopher – adressée “pour information” et non pour avis à l’Administrateur général de l’ANR, Justin Inzun Kakiak, qui a pourtant autorisé le procès.
Ce glissement familial en déclencheur pénal est d’autant plus troublant que, pour une affaire d’enfants qualifiés de “chilleurs”, un nombre anormalement élevé de hautes autorités a été cité par la plaignante : le Vice-Premier ministre Jacquemain Shabani, le Ministre d’État Guillaume Ngefa, le Colonel Kale Kabasele des services spéciaux, le général Mankutu, Ntonda, le député honoraire Clément Kanku et bien d’autres. Une telle démultiplication d’influences, sans commune mesure avec les faits allégués, jetait dès l’instruction une ombre profonde sur la sincérité de la plainte et l’indépendance de l’enquête.
L’examen des preuves a ensuite confirmé la fragilité structurelle du dossier. La plainte initiale date les événements du 21 décembre 2025, alors que la Cour a constaté, pièces à l’appui, que l’intrusion et la rétention se sont déroulées le 22 décembre. En droit pénal, une erreur de date n’est pas accessoire : elle vicie le cadre de l’instruction et la validité des actes de poursuite. Surtout, ce flou chronologique est le symptôme d’un récit d’accusation qui n’a jamais pu être objectivé.
Aucun des renseignants entendus – Malaïka, Sakina, Christopher, Noah, Clément Kanku – n’a entendu un ordre de frapper. Le médecin légiste indépendant ne s’est pas déplacé, et les photographies, prises des heures plus tard vers 17h par la plaignante elle-même, sont contestées. Les enfants prétendument torturés plus d’1h30 par plus de sept à huit policiers et des militaires selon le récit de Marie-Ange Mushobekwa ont tout de même eu le luxe si ce n’est un privilège rare de faire une sieste de 10 à 17h avant d’aller en consultation et non aux urgences à 22h.
À ce tableau s’ajoute une incapacité persistante du tribunal à déterminer qui a fait quoi dans cette histoire : tout au long des audiences, il est resté impossible d’attribuer un geste précis, un ordre ou un rôle à quiconque. Cette indétermination a culminé lors de la plaidoirie de la partie civile : Marie-Ange Mushobekwa réclame 3,4 millions de dollars sans que sa demande n’identifie clairement à qui cette somme est réclamée, ni qui doit payer quoi, ni à qui ces dommages-intérêts profiteraient.
Une réparation chiffrée qui ne désigne pas de débiteur ni de bénéficiaire précis est l’aveu même d’une accusation restée à l’état de construction imaginative. Face à cette accumulation de doutes, la défense a invoqué le principe in dubio pro reo : le doute profite à l’accusé. Le Ministère public lui-même, en requérant deux ans de prison avec ssursis et des circonstances atténuantes, a semblé reconnaître que l’affaire était dépourvue de préméditation et de gravité avérée. La Cour militaire de Ndolo, qui a instruit avec impartialité, rendra son arrêt dans le délai légal selon les termes de son Président.
Espérons qu’elle maintiendra cette ligne, fondée uniquement sur le droit, sans céder aux interférences politiques, politiciennes ou victimaires. Seul le verdict comptera. Mais, en l’état, tous les voyants juridiques étaient au rouge bien avant l’ouverture du procès. La preuve de la culpabilité n’a pas été rapportée, et le récit de torture qui a alimenté les audiences relevait bien davantage de déclarations subjectives que d’une réalité judiciaire que rien, ni les témoins ni les experts ni même les demandes civiles, n’a réussi à établir.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













