Devant la Cour militaire de Ndolo, le Ministère public a requis, le 7 mai 2026, deux ans de servitude pénale avec sursis contre Philémon Mambabwa et trois ans dont vingt jours de travaux forcés contre les policiers Aaron et Tshende. L’accusation a fait du verbe “maîtriser” des mots “maîtrisez-les” l’ordre déclencheur des violences, mais elle admet elle-même que les enfants “n’ont pas été inquiétés” en sortant de la salle de bain, que le rapport médical ne révèle “rien de grave ni particularité” et que “Dieu était avec tout le monde”.
Pire, elle évoque cinq, six, sept ou huit policiers tout en n’en poursuivant que deux, et ironise sur les 3,4 millions de dollars de dommages-intérêts réclamés par Marie-Ange Mushobekwa, en soulignant leur caractère impossible à payer. Ces aveux factuels affaiblissent frontalement sa propre thèse et révèlent une première série d’incohérences. Un point de droit ignoré jusqu’ici fragilise davantage l’édifice : la plainte initiale de Marie-Ange Mushobekwa date les faits au 21 décembre 2025.
Alors qu’il est établi devant la Cour que l’intrusion et la rétention des garçons ont eu lieu le 22 décembre 2025 et que Philémon Mambabwa n’est rentré chez lui que le 22 décembre à 4h30. Cette discordance de date n’est pas anodine : si l’instruction a été ouverte sur la foi d’une plainte visant le 21 décembre 2025, c’est toute la base de la poursuite qui devient juridiquement contestable — la défense l’a relevé avec force.
En requérant une peine minimale assortie de circonstances atténuantes, le Ministère public reconnaît implicitement que les enfants ont “joué un rôle” et que le prévenu n’avait pas prémédité les faits. Une telle posture admet que la culpabilité n’est pas pleine et entière, alors qu’en droit pénal elle doit être établie au-delà de tout doute raisonnable. Or ce doute est d’autant plus épais que le réquisitoire repose tout entier sur cinq éléments non étayés par des preuves irréfutables et avérées.
L’ordre “maîtrisez-les” interprété comme une instruction de violences, la réalité de tortures graves — contredite par le certificat médical —, la date du 21 décembre, incompatible avec les faits, la participation d’un groupe de tantot cinq, six, sept à huit policiers, jamais démontrée, et le préjudice colossal de 3,4 millions de dollars, jugé irréaliste par l’accusation elle-même. Parmi ces manquements, trois couacs majeurs dynamitent le réquisitoire.
La chronologie contradictoire qui vicie la poursuite dès sa source, l’absence totale de constat médical de torture et, enfin, le fait que toute la narration des violences repose sur les seules déclarations d’une plaignante qui n’était pas témoin direct et qui, selon l’avocat de la défense, relève davantage de son imagination que d’une réalité objectivement établie. Pour tout observateur ou praticien du droit, le doute raisonnable est non seulement permis, mais s’impose avec force.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













