À l’approche de la fin constitutionnelle de son second et dernier mandat en décembre 2028, Félix Tshisekedi impose une feuille de route mêlant urgence sécuritaire et projet de révision de la Constitution. L’histoire récente de l’Afrique subsaharienne offre pourtant un éclairage glaçant : au Rwanda, en 2015, un référendum a supprimé la limitation des mandats, offrant à Paul Kagame la possibilité de gouverner jusqu’en 2034.
Au Burundi, la décision de Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat en 2015 a plongé le pays dans une crise sanglante qui a duré près de cinq ans. Ces précédents montrent que lorsque l’exception sécuritaire ou l’urgence politique servent de prétexte pour altérer les règles électorales, le glissement vers un maintien au pouvoir sans perspective d’alternance devient quasi irréversible.
Si Félix Tshisekedi choisissait d’ignorer les garde-fous – report indéfini des scrutins locaux, révision taillée sur mesure pour un troisième mandat, ou prolongation abusive de l’état d’urgence – les conséquences suivraient un schéma déjà éprouvé. Comme en Côte d’Ivoire en 2020, où le troisième mandat d’Alassane Ouattara a provoqué des violences post-électorales faisant plus de 85 morts.
Ou au Congo-Brazzaville où Sassou Nguesso a verrouillé la constitution dès 2015, entraînant une opposition radicalisée et une société civile muselée. En RDC, un tel processus briserait le fragile contrat social : la frustration populaire monterait, les recours juridiques seraient vains, et la rue deviendrait l’unique exutoire. Le vivre-ensemble en sortirait profondément fracturé, à l’image de ce que le Tchad a connu après le passage en force d’Idriss Déby (puis de son fils).
Les communautés de l’Est, déjà meurtries par les conflits armés, verraient dans chaque décision de Kinshasa une provocation supplémentaire. Fragmentation régionale, poussées séparatistes, balkanisation, banalisation de la violence politique : l’absence d’alternance crédible ne menace pas seulement la légitimité du président Félix Tshisekedi, elle prépare une décennie d’instabilité.
La RDC n’a pas besoin de nouveaux précédents tragiques – elle a besoin que les processus démocratiques, même imparfaits, soient respectés jusqu’au terme prévu par la Constitution.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













