Le 8 mai 2026, la Cour constitutionnelle Sud-Africaine n’a pas simplement corrigé un vice de procédure : elle a dynamité le bouclier que le Parlement avait tissé autour de Cyril Ramaphosa en 2022. En déclarant inconstitutionnel le vote qui avait enterré le rapport sur le scandale Phala Phala, les juges renvoient le président sud-africain face à une commission de destitution aux dents longues.
Le message est martial : la majorité d’hier n’efface pas les soupçons d’aujourd’hui, et nul ne peut verrouiller l’obligation de rendre des comptes. Au cœur du brasier, un canapé, des liasses de dollars par centaines de milliers, et le vol que le chef de l’État aurait camouflé aux autorités. L’affaire du “Farmgate” incarne tout ce que l’opposition dénonce : un président pris la main dans le cash, incapable de justifier l’origine des fonds ni son silence, et une présidence qui a transformé l’immunité politique en omerta.
Cyril Ramaphosa clame son innocence et affirme respecter l’arrêt, mais le temps des communiqués flegmatiques est révolu : le voici contraint de se défendre sur le fond, sous serment, dans une arène où chaque détail peut lui arracher la peau. Politiquement, c’est l’hallali. L’ANC, amputé de sa majorité absolue depuis 2024, ne tient qu’au gré d’une coalition branlante, incapable de protéger mécaniquement son leader.
Julius Malema et les Economic Freedom Fighters, à l’origine du recours, exigent déjà la tête du président, tandis qu’une destitution nécessite une majorité des deux tiers suspendue à des alliances incertaines. Plus qu’un homme, c’est la colonne vertébrale d’une démocratie post-apartheid qui tremble, sommée de choisir entre la raison d’État et l’État de droit. La lame est posée, le verdict de l’Histoire reste à écrire.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













