Par un arrêté ministériel du 20 avril 2026, le gouvernement congolais a officiellement déclaré d’utilité publique un vaste périmètre de 43 159 hectares situé dans la commune de Maluku, dans l’Est de Kinshasa. Ce terrain, délimité au nord par le fleuve Congo et par plusieurs villages (Mboka Polo, Menkao, Inko, Karo, Mambutuka…), est destiné à accueillir l’extension de la capitale, officiellement justifiée par la nécessité “d’aérer, de décongestionner et de dénsifier” la ville.
L’arrêté s’appuie sur la loi sur l’expropriation pour cause d’utilité publique et sur un arsenal juridique récent, incluant les décrets n° 23/35 et n° 26/010 relatifs au Comité stratégique de supervision du projet. Si l’ambition urbanistique peut paraître louable, cette déclaration d’utilité publique ouvre la voie à des expropriations potentiellement massives dans une zone encore largement rurale et habitée. Les coordonnées précises dessinent un périmètre immense, englobant de nombreux villages cités comme limites Sud et Est.
En l’absence de transparence sur l’indemnisation des occupants légitimes — titulaires de droits fonciers ou coutumiers — l’arrêté soulève des craintes récurrentes de dépossessions au profit de promoteurs ou d’aménageurs. La mention redondante de « l’urgence » dans les considérants ne fait qu’aviver les inquiétudes quant à la concertation préalable avec les communautés locales. Reste à savoir si cette extension, la plus vaste jamais planifiée pour Kinshasa, sera menée dans le respect des droits des populations.
Ou si elle reproduira le schéma classique d’expropriations opaques et de spéculation foncière. Alors que la capitale étouffe sous l’urbanisation chaotique, l’enjeu n’est pas seulement technique : c’est un test pour la gouvernance foncière en RDC. Les regards se tournent désormais vers la mise en œuvre concrète et, surtout, vers le sort des milliers de familles installées sur ces 431 km² désormais “utiles” à l’État.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













