C’est un document qui brise l’écran de déni. Dans un rapport publié ce jeudi 14 mai, Human Rights Watch dresse le tableau méthodique de l’occupation d’Uvira par la coalition AFC/M23, appuyée par des soldats rwandais. Entre décembre 2025 et janvier 2026, alors que les forces congolaises avaient déjà quitté la ville, des civils désarmés ont été traqués, exécutés chez eux ou enlevés sans laisser de traces.
Les enquêteurs ont recueilli plus d’une centaine de témoignages, dont celui d’un père ayant vu quatre de ses fils abattus sous le simple soupçon de sympathie envers les milices wazalendo. Des femmes parties chercher de la nourriture aux abords des zones agricoles ont été violées. L’ONG parle d’une chasse aux vulnérables — mineurs, déplacés, simples habitants — dans une cité livrée à elle-même.
Le rapport ne se contente pas d’énumérer les faits : il nomme les responsables. Human Rights Watch établit un lien direct entre les exactions et la présence de l’armée rwandaise combattant aux côtés du M23, renforçant les accusations d’ingérence que Kigali continue de nier. Les actes documentés — exécutions sommaires, violences sexuelles, disparitions forcées — constituent, selon l’organisation, de possibles crimes de guerre.
Face à cette qualification juridique lourde, HRW exhorte la communauté internationale à sortir du double langage : enquêtes indépendantes, sanctions ciblées contre les donneurs d’ordres et renforcement immédiat de la protection des civils au Nord-Kivu comme au Sud-Kivu. L’inaction, martèle l’ONG, équivaudrait à un blanc-seing. Pourtant, le pire ne s’est pas arrêté avec le retrait annoncé du M23 en janvier.
Uvira demeure une poudrière où se multiplient les découvertes macabres — fosses communes, cadavres abandonnés — et où les populations continuent de fuir par milliers. Les autorités congolaises et les groupes armés résiduels se renvoient la responsabilité des nouvelles violations, pendant que les rescapés enterrent leurs morts sans justice. À Uvira, le silence a trop duré. Ce rapport donne un visage et un nom aux victimes ; il ne reste plus qu’à savoir si le monde détournera encore le regard.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













