À Isiro, désormais, la nuit n’est plus faite pour dormir. Elle est devenue un exercice de survie. À partir de minuit, les portes se ferment, les lumières s’éteignent, les conversations baissent de ton, et chacun attend… non pas le sommeil, mais la prochaine attaque. Dans cette petite ville qui, en principe, devrait être l’une des plus faciles à sécuriser de toute la province, les habitants vivent aujourd’hui comme dans une zone de guerre silencieuse.
Des commerçants dorment avec un œil ouvert. Des familles barricadent leurs maisons. Des parents observent leurs enfants avec cette angoisse que personne n’ose prononcer : serons-nous encore en sécurité demain matin ? Et pendant que la population tremble, que fait le pouvoir provincial ? Officiellement, il gouverne. Dans les faits, il observe. De loin. Très loin.
Il y a 2 jours, dans la nuit du 12 mai 2026, un nouveau cauchemar s’est abattu sur nos populations, entre 00h00 et 03h00, plusieurs quartiers de la ville ont été visés par une série d’attaques coordonnées. Huit boutiques auraient été pillées : quatre du côté de Dema, trois vers le rond-point Kolu, une autre dans les environs de la REGIDESO. Des habitants parlent de tirs, de violences, de panique généralisée.
Sur l’avenue Dema, vers la rue Magbe, sur la route Tayi, la scène aurait viré au drame. Des hommes lourdement armés auraient fait irruption chez un commerçant, emportant argent et marchandises, avant de laisser derrière eux des blessés et du sang. Face à cette situation, certains agents de sécurité auraient tenté d’intervenir. Mais selon plusieurs témoignages recueillis sur place, la réponse logistique aurait été digne d’une comédie administrative, si la situation n’était pas aussi tragique :
— “Le véhicule ne démarre pas…”
— “La batterie est faible…”
— “Il n’y a pas de connexion Motorola…”
— “Le réseau Simba One ne passe pas…”
Pendant que les criminels opèrent avec précision, l’appareil sécuritaire, lui, semble fonctionner à l’excuse technique. À Isiro, les bandits arrivent armés. Les forces censées protéger arrivent… quand la batterie le permet. Et pendant que les habitants enterrent leur tranquillité, le pouvoir provincial, lui, semble avoir d’autres priorités. Tournées officielles. Protocoles. Photos. Sourires administratifs. Comme si la province allait bien.
Comme si les cris des victimes ne remontaient jamais jusqu’aux bureaux climatisés. Le plus choquant n’est peut-être même plus l’insécurité. Le plus choquant, c’est la banalisation de l’échec. Quand les commerçants ont fermé leurs boutiques pendant plusieurs jours pour dénoncer cette situation, leur cri de détresse n’a pas reçu de solution. Il aurait reçu des menaces.
Quand des citoyens ont marché pacifiquement pour réclamer davantage de sécurité, ils auraient reçu des intimidations. Dans cette province, faut-il donc se taire pour rester libre ? Et mourir en silence pour rester un “bon citoyen” ? Et pendant ce temps, où est l’Assemblée provinciale ? Silence. Un silence lourd. Un silence politique. Un silence qui interroge. Car pendant qu’Isiro saigne, les représentants du peuple semblent avoir choisi le confort institutionnel plutôt que le courage politique.
La vérité est brutale : aujourd’hui, la population n’a plus seulement peur des criminels. Elle commence aussi à perdre confiance dans ceux qui étaient censés la protéger. Et lorsqu’un peuple ne croit plus en ses institutions, ce n’est plus seulement une crise sécuritaire. C’est une faillite de gouvernance. À Isiro, les habitants n’attendent plus des slogans. Ils n’attendent plus des promesses. Ils n’attendent plus des cérémonies officielles. Ils attendent une seule chose : Que ceux qui gouvernent commencent enfin… à gouverner.
François Anga Kupa Journaliste / Ecrivain.













