Le 8 mai 2026, Mzee Baseka, 88 ans, a été arrêté pour la quatrième fois depuis 2025. Avec lui, cinq autres fidèles de la communauté COEDAC (Abakomite) ont été interpellés par les éléments Twirwaneho, dont le Pasteur Ruhorimbere, représentant légal de cette église. Pour le vieil homme et ses compagnons, cette arrestation s’ajoute à un calvaire qui ne connaît plus de répit.
Depuis huit mois, l’église est sous le coup d’une interdiction totale : aucun culte, aucun rassemblement, aucune liberté religieuse n’est tolérée. Chaque nouvelle interpellation résonne comme un signal adressé à toute la communauté banyarwanda opposée à Paul Kagame : l’étau ne desserrera pas. Ce calvaire ne date pourtant pas d’hier, et ses racines plongent dans des épisodes que l’on aurait voulu croire révolus. Il y a deux ans, le même Mzee Baseka avait déjà été arrêté avec les mêmes fidèles.
Ils ont été jetés au fond d’une tranchée, une prison souterraine où les détenus sont traités “comme des terroristes”, selon le témoignage de son fils Baseka Prosper. Confinés dans l’obscurité, ils y avaient enduré pendant près d’un mois des tortures physiques et psychologiques. Libérés à l’époque, ils avaient cru pouvoir respirer. Mais depuis, deux autres arrestations sont venues briser cet espoir. Aujourd’hui, la quatrième détention replonge la famille dans l’angoisse.
Elle confirme que la répression ne fonctionne pas par à-coups, mais selon un cycle implacable. Comme à l’époque de la tranchée, Baseka Prosper dénonce l’arbitraire et rappelle ce cri lancé aux bourreaux : « Murishiraho imivumo y’ubusa » – vous y ajoutez des malédictions sans fondement. Au-delà des murs et des fosses, l’humiliation revêt un visage plus insidieux encore. L’église COEDAC, privée de tout droit, a même dû renoncer à enterrer dignement l’un des siens : Mzee OBEDI NGEZI, de Nyabibugu.
Alors que la communauté Banyarwanda pleurait son défunt, il lui a été formellement interdit d’organiser des obsèques religieuses. À la place, une cérémonie dirigée par le chef coutumier Ndahinda Karojo a été imposée – un geste vécu comme une profanation, une tentative d’effacer les rites d’un peuple déjà meurtri. Ceux qui subissent ces persécutions sont quotidiennement accusés d’être des AGAKARA/IBIPINGA, des boucs émissaires tenus pour responsables des malheurs des Banyarwanda.
Pour Baseka Prosper, témoin direct de ces arrestations à répétition, cette accusation masque une entreprise méthodique de terreur : traiter des croyants en ennemis publics, confisquer la foi, et enfermer les corps tant qu’ils refusent de renier leur identité. Aujourd’hui encore, son père est derrière les barreaux. Et son cri, porté depuis Minembwe, dit la vérité de tout un peuple.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













