C’est un paradoxe congolais qui a trop duré : nos universités regorgent d’esprits brillants, nos centres de recherche produisent des connaissances que le monde nous envie, et pourtant, dans le même temps, nos industries importent des solutions clefs en main, notre agriculture se débat avec des rendements médiocres, et nos innovateurs végètent dans l’anonymat faute d’un cadre qui les porte.
Cette schizophrénie nationale, où la science avance d’un côté pendant que l’économie piétine de l’autre, tire sa source d’un mal précis : l’absence quasi totale de passerelles entre les institutions de recherche et les secteurs utilisateurs des résultats scientifiques. Les découvertes dorment dans des mémoires académiques, les brevets étrangers prospèrent sur notre dos, et le chercheur congolais, ce héros invisible, regarde ses travaux s’étioler sans jamais toucher la vie concrète de ses concitoyens.
C’est cette tragédie silencieuse que la proposition de loi de Dorothée Madiya Mwamba vient frapper au cœur, non pas avec des incantations, mais avec l’énergie méthodique d’une nation qui refuse enfin de marcher sur une seule jambe. Le texte opère une véritable chirurgie institutionnelle en créant les organes qui manquaient cruellement à notre chaîne de valeur scientifique : l’Agence nationale de valorisation des résultats de la recherche et l’Agence nationale des brevets ne sont pas de simples sigles supplémentaires dans un organigramme administratif.
Ce sont les maillons manquants qui feront le lien entre l’étincelle de la découverte et le feu de l’industrialisation. Désormais, chaque innovation congolaise aura un chemin balisé vers le dépôt de brevet, la création d’entreprise, le partenariat industriel ou l’essaimage agricole. Plus spectaculaire encore, l’obligation imposée aux exploitants étrangers de nos ressources naturelles de collaborer avec nos institutions scientifiques publiques renverse la logique coloniale de l’extraction brute.
Le cuivre, le cobalt, le lithium ne quitteront plus notre sol sans avoir au préalable irrigué nos laboratoires, nourri nos doctorants, enrichi nos compétences. C’est ainsi que l’on transforme la malédiction des matières premières en bénédiction du savoir-faire, et que l’on fait de chaque investisseur étranger non plus un prédateur, mais un partenaire forcé de notre souveraineté scientifique. Par cette réforme, c’est toute une philosophie du développement qui bascule. On ne mendie plus la technologie, on la produit.
On n’attend plus le salut de l’extérieur, on le construit à partir de nos savoirs endogènes, désormais reconnus, protégés et stimulés par des mécanismes de valorisation dignes de ce nom. La reconnaissance et l’encouragement promis aux chercheurs, techniciens et innovateurs congolais ne relèvent pas de la gratitude décorative : ils scellent un pacte nouveau entre la nation et ses forces vives, un pacte où l’intelligence créatrice est placée au sommet de la hiérarchie des valeurs productives.
En faisant de la science, de la technologie et de l’innovation le moteur explicite du développement socio-économique national, la proposition de loi n’ambitionne rien de moins que de faire entrer la RDC dans le cercle restreint des puissances qui maîtrisent leur destin. La science congolaise a enfin trouvé son testament : il s’écrira en brevets, en entreprises, en emplois et en fierté retrouvée.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













