C’est une chorégraphie diplomatique qui, en apparence, n’a rien d’extraordinaire : un haut fonctionnaire américain, Nick Checker, dépêché par Donald Trump pour assister à l’investiture de Yoweri Museveni ; un président congolais, Félix Tshisekedi, venu signer six nouveaux accords bilatéraux avec Kampala ; et un président burundais, Évariste Ndayishimiye, qui, en sa qualité de président en exercice de l’Union africaine, honore de sa présence la cérémonie du doyen des chefs d’État de la région.
Pourtant, la simultanéité de leur présence sur le sol ougandais, au même moment, dans la même ville, éveille des soupçons tenaces. Est-ce vraiment le hasard du calendrier protocolaire qui a placé ces trois hommes dans un rayon de quelques kilomètres, alors que l’Est de la RD Congo s’embrase, que les alliances se recomposent et que Washington, sous l’impulsion de Trump, redessine sa carte africaine avec une brutalité transactionnelle assumée ? Rien n’est moins sûr.
Les pièces du puzzle dessinent une tout autre image. Nick Checker n’est pas un diplomate ordinaire : ex-analyste de la CIA, spécialiste de la Corne de l’Afrique et des conflits du Grand Moyen-Orient, il a été propulsé à la tête du Bureau Afrique du Département d’État avec pour mission de conclure des “deals” là où ses prédécesseurs se contentaient de gérer des routines bilatérales. Sa présence à Kampala ne se limite pas à un salut au régime de Yoweri Museveni.
Elle coïncide avec un moment de bascule sécuritaire où Kinshasa et Bujumbura, alliés objectifs face aux rebellions de l’Est congolais, cherchent désespérément de nouveaux appuis. Félix Tshisekedi a urgemment besoin d’une couverture militaire et politique. Évariste Ndayishimiye, qui partage avec lui plus de 230 km de frontière et une même hostilité envers le Rwanda de Paul Kagame, a déjà dépêché des troupes au Sud-Kivu et réclame des financements pour maintenir son effort de guerre.
Or, le seul acteur capable de fournir à la fois une légitimité diplomatique, des garanties sécuritaires et des ressources financières immédiates est bien Washington — mais un Washington nouvelle manière, celui de Trump, qui exige en retour des contreparties économiques tangibles. C’est ici que l’énigme prend toute son ampleur. Selon des sources proches des cercles du renseignement régional, une rencontre discrète, tenue à l’abri des regards dans une résidence sécurisée d’Entebbe, aurait réuni les trois hommes en marge des cérémonies officielles.
L’objet de cet entretien ne serait autre que la finalisation d’un pacte stratégique inédit : l’accélération de l’exploitation des hydrocarbures du lac Albert — ce gigantesque gisement pétrolier à cheval entre l’Ouganda et la RDC — en échange d’un appui américain renforcé contre les groupes armés qui déstabilisent la région. Un schéma qui permettrait à Donald Trump d’afficher une victoire énergétique en Afrique centrale, à Félix Tshisekedi d’obtenir un répit sécuritaire avant les prochaines échéances électorales, et à Évariste Ndayishimiye de consolider son rôle de pivot régional.
La réalité, promettent les initiés, sera révélée dans les toutes prochaines heures. Mais une chose est d’ores et déjà certaine : ce qui se joue à Kampala dépasse, et de très loin, le simple cérémonial d’une investiture.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













