C’est un bras de fer qui sent la poudre et les règlements de comptes dans une région qui n’a besoin ni de l’un ni de l’autre. D’un côté, le gouverneur militaire du Nord-Kivu, le Général-Major Somo Kakule Evariste ; de l’autre, l’élu de Butembo, le député national Crispin Mbindule Mitono. Officiellement, le gouverneur a saisi la justice militaire, accusant le parlementaire d’incitation à la révolte et de propagation de faux bruits.
Mais dans les travées du pouvoir et sur les plateaux de télévision kinois, les relais du gouverneur chargent bien plus lourd : on accuse ouvertement l’Honorable Crispin Mbindule de connivence avec la rébellion du RDF/M23. En instrumentalisant l’étiquette infâmante d’”allié de l’ennemi” dans une zone de guerre, l’exécutif provincial du Nord-Kivu ne mène pas une bataille judiciaire, il joue avec le feu sécuritaire et communautaire.
Car derrière la querelle des mots, il y a une guerre d’intérêts bien plus terre-à-terre. Crispin Mbindule ne se contente pas de critiquer la gouvernance militaire ; il a brandi un épouvantail politique de taille en accusant le gouverneur de s’opposer au projet de révision constitutionnelle. Dans le climat politique actuel, c’est un crime de lèse-majesté qui place le gouverneur dans le camp des “immobilistes” et offre au député un bouclier de “défenseur du régime”.
Pourtant, la violence des contre-attaques, mêlant accusations de déstabilisation et menaces voilées, dessine une vérité plus cynique : celle d’une élite locale prête à fracturer un peu plus le Nord-Kivu pour le contrôle des ressources minières et des positions de pouvoir. Résultat : l’Assemblée nationale s’émeut, alertée par d’autres députés, tandis que la population de Butembo et d’ailleurs regarde, médusée, ses dirigeants se déchirer alors que l’ennemi est aux portes.
Quand on accuse un élu d’organiser des “réunions subversives” sans apporter de preuves tangibles, on ne rend pas justice, on fait taire la critique. Il est urgent que la hiérarchie militaire et les institutions clarifient ces accusations avant qu’elles ne deviennent des allumettes dans une poudrière. À force de criminaliser le débat démocratique, c’est la paix elle-même qu’on assassine.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR












