Le surnom faisait frémir l’Est de la RDC. “Le Roi du Kivu”, c’était lui, Laurent Nkundabatware Mihigo, ex-général aux allures de prédicateur illuminé, capable de citer la Bible avant d’ordonner un massacre. Figure tutélaire du CNDP, il s’était construit une légende noire dans le sang des villes martyres : Kisangani en 2002, où ses troupes exécutèrent plus de 160 personnes, lui valant le titre de “Boucher de Kisangani”.
Bukavu en 2004, théâtre de viols systématiques et de pillages sous prétexte fallacieux de “protéger les Tutsis”. Aujourd’hui, que fait ce stratège du crime contre l’humanité ? Il savoure une existence paisible sous le soleil rwandais. Pour services rendus au régime de Paul Kagame, dont il fut le fidèle soldat au sein du RPF, le bourreau du Kivu bénéficie d’une impunité aussi indécente que soigneusement orchestrée par Kigali.
C’est là toute la signature du président rwandais : un cynisme géopolitique élevé au rang de chef-d’œuvre. La retraite offerte à Laurent Nkundabatware n’est pas un simple renvoi d’ascenseur entre anciens frères d’armes. Elle est un trophée politique, une médaille que Paul Kagame épingle sur sa propre poitrine pour narguer Kinshasa et l’ensemble de la communauté internationale. Quand “le Roi du Kivu” fut arrêté en 2009, beaucoup crièrent à la fin de l’impunité.
En réalité, Kigali ne neutralisait un chef de guerre devenu trop encombrant que pour mieux le soustraire à la justice congolaise. Un mandat d’arrêt international ? Des accusations de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité ? Paul Kagame les a tout simplement jetés aux oubliettes, offrant à son protégé une cage dorée bien plus confortable qu’une cellule de La Haye. La prime pour avoir fidèlement servi les intérêts prédateurs du Rwanda en RDC.
C’est une villa avec piscine plutôt que le box des accusés. Pendant que Laurent Nkundabatware coule des jours heureux, la terre du Kivu, elle, continue de saigner. Les charniers qu’il a laissés derrière lui ne se sont jamais refermés ; bien au contraire, ils se sont élargis avec la résurgence du RDF/M23, nouveau bataillon de supplétifs par lequel Paul Kagame perpétue le chaos. La présence indécente de ce “roi déchu” en résidence surveillée à Kigali est l’insulte ultime à l’intelligence collective congolaise.
On voudrait faire croire à Kinshasa, et au monde, que Laurent Nkundabatware est un problème réglé, alors qu’il reste un symbole vivant – et ricanant – de l’impunité. Ce que Paul Kagame expose ainsi, c’est un calcul d’une froideur abyssale : les millions de morts congolais, les villages rasés et les femmes violées ne valent pas le déshonneur d’un allié. Face à ce mépris souverain, le silence devient complicité, et l’oubli, une nouvelle forme de crime.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













