Il est né un jour de Noël 1973, mais Sultani Makenga n’a jamais été porteur de paix. “Ma vie, c’est la guerre ; mon éducation, c’est la guerre ; ma langue, c’est la guerre “, a-t-il un jour confessé, transformant cette maxime glaçante en une prophétie auto-réalisatrice. Sous ses ordres, l’horreur se décline avec la précision d’une science froide.
Depuis qu’il a quitté les bancs de l’école à 17 ans pour empoigner un fusil au sein du Front patriotique rwandais, cet homme à la réputation de grand stratège a fait du chaos congolais son terrain de jeu permanent. Son parcours est une litanie de rébellions en cascade, de l’AFDL au RCD en passant par le CNDP, avant d’accoucher de son chef-d’œuvre : le Mouvement du 23 mars, le M23, cette extension du RDF.
Avec une efficacité clinique, il a élevé la trahison au rang de méthodologie, délaissant l’armée régulière congolaise en 2012 pour mieux revenir en 2021, tel un spectre armé, reprendre les armes et semer la terreur sur les collines du Nord-Kivu. L’ONU et les États-Unis ont depuis longtemps posé des mots sur son œuvre sans que cela n’émeuve quiconque : meurtres, mutilations, violences sexuelles, recrutement d’enfants soldats.
Il ne s’agit pas de bavures de parcours, mais d’un véritable système où la souffrance des civils n’est qu’une variable tactique parmi d’autres. À Goma, ville millionnaire tombée sous sa coupe par deux fois, les charniers et les déplacements massifs de population sont les traces indélébiles de son passage. Lorsqu’il évoque son combat, Sultani Makenga ose parler de l’avenir de ses enfants, un argument fallacieux qui se fracasse contre la réalité des fillettes violées.
Des gamins kidnappés pour devenir soldats, condamnés à une existence brisée par la folie d’un homme, c’est son œuvre. Ce qui distingue Sultani Makenga du commun des chefs de guerre, c’est l’impunité glaciale avec laquelle il transforme la survie en une performance. Condamné à mort par contumace à Kinshasa, visé par des sanctions internationales, il demeure une arme insaisissable, téléguidant ses troupes depuis les coulisses avec un sens aigu de la mise en scène macabre.
Sa déclaration glaçante — “Joseph Kabila était un politicien, moi je suis un soldat, et le langage que je connais est celui du fusil” — achève de dresser le portrait d’un homme pour qui la gâchette est l’unique grammaire. Dans le théâtre des ténèbres de l’Est congolais, Sultani Makenga n’est pas un simple acteur ; il est le metteur en scène d’un cauchemar éveillé où la froideur criminelle atteint des sommets artistiques répugnants.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR












