En refusant ostensiblement de comparaître devant la Cour d’appel de Kinshasa/Gombe, Constant Mutamba ne se contente pas de snober une convocation judiciaire. Il administre, avec une désinvolture calculée, une leçon de cynisme politique à tout un pays. Son laconique “Qu’ils fassent ce qu’ils veulent, je suis déjà condamné” n’est pas l’aveu d’une victime désabusée, mais la parade méprisante d’un acteur qui semble se croire au-dessus des institutions.
Se prétendre “déjà condamné” avant même d’avoir parlé, c’est tenter d’inverser la charge de la preuve et de transformer un témoin-clé présumé en martyr politique, distrayant ainsi l’opinion du fond du dossier : l’odeur putride des malversations financières au sein du Frivao. Cette posture de défi est un poison lent pour la démocratie congolaise. Si témoigner dans une affaire de détournement présumé devient une option soumise au bon vouloir des convoqués, alors le principe même de l’autorité de la justice s’effondre.
La déclaration de Constant Mutamba est une insulte à la République : elle signifie que pour certains, le prétoire n’est qu’un théâtre dont ils peuvent refuser le script. La loi est pourtant claire et prévoit la comparution forcée pour un témoin récalcitrant. L’enjeu dépasse largement sa personne : il s’agit de savoir si la RDC a les moyens juridiques et la volonté politique de rappeler que nul, surtout pas un mandataire public présumé détenteur d’informations, ne peut se draper dans une immunité imaginaire.
L’heure n’est plus aux spéculations, mais à la démonstration de force légale. Si les autorités judiciaires laissent ce refus sans sanction immédiate et exemplaire, elles valideront de fait une jurisprudence désastreuse : celle du deux poids, deux mesures. En refusant de parler, Constant Mutamba parie sur l’impuissance de l’appareil judiciaire face aux puissants. À la Cour de prouver qu’il a perdu son pari.
Le respect de l’État de droit ne se négocie pas par communiqué interposé, il s’impose par les menottes, si nécessaire, pour rappeler que la première des condamnations, c’est celle de l’arrogance face à la loi.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













