Pendant que la RDC célèbre la construction imminente de son premier port en eaux profondes à Banana (Kongo Central), une triple alliance discrète mais redoutable se met en place pour l’asphyxier avant même son inauguration. Les corridors de Lobito (Angola), Tazara (Tanzanie-Zambie) et le port de Brazzaville (Congo-Brazzaville) multiplient accords et rabais logistiques pour capter les minerais congolais – cuivre, cobalt, coltan – en court-circuitant Kinshasa.
Objectif affiché : rendre Banana économiquement mort-né en le privant de son principal carburant, le fret. Derrière ces infrastructures se cache une compétition géopolitique féroce. Lobito est porté par les Américains et les Émirats arabes unis ; Tazara renaît sous perfusion chinoise ; Brazzaville joue la carte régionale avec le soutien de partenaires européens. En bout de chaîne, la RDC, prisonnier géographique de ses voisins, risque de voir sa fenêtre atlantique condamnée par des accords qui l’ignorent.
Banana ne pourra rivaliser que s’il impose un coût logistique imbattable – un défi titanesque face à des corridors déjà rodés et subventionnés. Ne pas céder sur Banana n’est pas un simple caprice industriel : c’est une question de survie stratégique. Avec son propre débouché océanique, la RDC briserait la dépendance aux ports étrangers qui siphonnent une partie de sa valeur ajoutée.
Mais pour cela, Kinshasa doit répondre par l’offensive : couloirs routiers et ferroviaires dédiés, zone économique spéciale, partenariats alternatifs (Inde, Turquie, BRICS). Le temps presse. Chaque jour qui passe sans décision radicale est un jour gagné par ceux qui veulent que Banana reste une coquille vide. Le rapport de force est engagé. Reste à savoir si la RDC a les moyens de sa souveraineté.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













