Alors qu’une jeunesse de qualité, qui a fait ses preuves, doit désormais assumer les fonctions sans qu’on la réduise au jeunisme, l’opposition congolaise ne spécule que sur l’épuisement mécanique du second mandat de Félix Tshisekedi. Sans projet, elle espère hériter du pouvoir par le seul calendrier électoral, esquivant la question centrale : que propose-t-elle concrètement pour refonder l’État ?
Cette vacuité intellectuelle et stratégique, érigée en méthode, révèle une faiblesse structurelle : l’incapacité à penser le pouvoir autrement que comme une revanche. Rien, ou si peu, sur la crise identitaire, l’école en ruine, une doctrine de sécurité, le déficit commercial. L’opposition congolaise n’accompagne pas la maîtrise de la question minière, pourtant au cœur de notre existence en tant que nation et peuple.
Elle ne soutient pas le travail précieux mené sur la justice, alors qu’une réorientation est en cours avec enquêtes et procès équitables systématiques. Et elle ne comprend rien à la bataille informationnelle, ce chantier de permanence et de cohérence qui a pourtant produit des résultats contre les narratifs hostiles. Elle n’a aucun cap pour le 22ᵉ siècle : IA souveraine, données stratégiques, conquête spatiale africaine, biotechnologies, monnaies numériques, éthique du transhumanisme.
Incapable de porter l’inéligibilité à vie pour quiconque a tué un seul Congolais depuis octobre 1996, une commission nationale des personnalités intègres de la société civile aux pouvoirs illimités sur les biens mal acquis, les détournements de deniers publics ou l’érection d’une nouvelle classe politique en 2028. Fiscalité asphyxiante, administration politisée, territoire à l’abandon, absence de protection sociale, numérique au rabais : silence complet.
Cette nullité est aggravée par une médiocrité devenue abyssale : il n’y a plus dans la classe politique congolaise actuelle même plus de seconds couteaux intellectuels, seulement des semi-déments. C’est cela notre drame. Leurs alter ego dans la majorité ne valent guère mieux, symétrie d’impostures qui précipite le pays vers les abysses. L’opposition se mue en coquille vide, incapable d’alternative. Elle installe l’idée dangereuse que le pouvoir se gagne par défaut, sans contrat avec la nation.
La République ne se refond pas sur un vide conceptuel. Pour gouverner, il faut cesser d’attendre un héritage constitutionnel et engager l’ingrat travail doctrinal sur l’instruction publique, une école qui émancipe, la Culture (à ne pas confondre seulement avec le théâtre et la musique) non comme folklore mais comme âme et génie de tout un peuple, la justice indépendante, la dépolitisation de l’administration et la place du Congo dans le monde. La qualité du débat démocratique dépend de la qualité des acteurs.
Or, l’opposition, tout comme une partie importante de la majorité en RD Congo, est en deçà de la médiocrité intellectuelle. Elle attend le pouvoir les dents ouvertes, le ventre vide, et pour toute stratégie, la mort des autres. Espérer l’alternance par effondrement, c’est vouloir gouverner un pays avec le silence pour programme – mais le silence, au fond, ne trompe que ceux qui ont déjà perdu l’ouïe. Elle restera le miroir déformant de ce qu’elle prétend combattre, promise à la même impuissance.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













