Contre tous les procès en “populisme” instruits par les observateurs pressés, Ousmane Sonko a fait de son accession à la présidence de l’Assemblée nationale du Sénégal un moment de haute tenue républicaine. Réintégré comme député puis porté sans surprise à la tête de l’institution, le leader du Pastef devient la deuxième personnalité de l’État, et son premier discours a immédiatement fixé le cap : primauté de l’intérêt général, morale, justice au service du peuple.
“Je ne viens pas ici pour provoquer quelque crise institutionnelle”, a-t-il martelé, opposant à la défiance ambiante la stature d’un responsable qui choisit la construction plutôt que la rupture. Avec une lucidité qui tranche sur les peurs distillées, le nouveau président de l’Assemblée a précisé les règles d’une cohabitation inédite. Saluant en son successeur à la Primature un homme “dévoué et grand travailleur”.
Ousmane Sonko a tracé une ligne de crête aussi ferme que transparente : “Nous serons souples avec ce qui ira dans le bon sens et nous opposerons à tout ce qui ira dans le mauvais. Cette Assemblée ne sera jamais une chambre d’enregistrement.” Cette promesse d’un soutien exigeant, conditionné au respect des principes et des intérêts du peuple sénégalais, dessine un exercice du pouvoir adulte.
Une cohabitation où le contrôle parlementaire n’est pas une nuisance mais le poumon même de la vitalité démocratique. À ceux qui, notamment dans la presse occidentale, attendaient le chaos ou l’aventure, Ousmane Sonko a renvoyé l’image d’une démocratie adulte et d’une jeunesse africaine en pleine possession de ses responsabilités. “Le Sénégal est un pays démocratique et comme dans toutes les démocraties, une cohabitation est un exercice des plus normaux si chaque segment institutionnel joue pleinement son rôle”, a-t-il rappelé.
Dans ce geste, le Pastef incarne une génération qui, loin des clichés, réinvente le pouvoir : non plus la confiscation autoritaire ou la soumission post-coloniale, mais une exigence morale intraitable, enveloppée dans le respect strict de l’architecture constitutionnelle. Une vitalité qui parle à tout le continent.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













